Ceux de 14 – Maurice Genevoix – Flammarion 1950 – réédition de 2013 – 953 pages
On m’avait dit, c’est le meilleur livre jamais écrit au sujet de cette guerre. Oui mais se mettre dans un pavé de 950 pages, ce n’est pas facile mais comme j’ai un peu de temps maintenant je peux y aller.
D’autant plus intéressé par le récit de Genevoix sur cet épisode car il ne se situe pas loin de la résidence de gens que je connais à St Mihiel, dans la Meuse près de Verdun. J’ai parcouru ces vallons et ces routes le printemps dernier à vélo et ayant visité les cimetières et les champs de batailles le lire m’a replongé dans ces paysages et ces noms traversés et je n’ai pu m’empêcher d’imaginer ou de revoir quand un monument me le rappelle, ce qui s’y est passé il y a maintenant cent ans.
Mais le récit de Genevoix est plus qu’un simple récit. Il nous décrit presque heure par heure le temps qu’il a passé à coté et dans cette guerre entre juillet 14 et avril 15. Il y a les moments de repos alors que ça bombarde pas loin. Il y a les moments à attendre les ordres. Il y a les moments dans les tranchées à attendre le combat qui parfois ne vient pas mais quand il arrive il est forcément meurtrier. Il y a la vie dans les villages à l’arrière où on est drôlement content de dormir dans de la paille fraiche. Alors quand c’est dans un lit avec des draps propres, c’est presque le bonheur. Il y a ait l’amitié qui nait auprès de ses camarades de classes ou de grades. Ce Porchon, on aurait aimé l’avoir connu et puis tous les autres, les troufions, les cuistots, les ordonnances, les estafettes, les sous-offs et les gradés qui morflent comme tout le monde dans ce bourbier immonde. Car Genevoix ne laisse pas passer les horreurs, les images hallucinantes des corps déchiquetés que les bombes viennent de nouveau soulever dans l’air bien que déjà inertes ou morts noyés dans la boue. Cette boue qui les recouvre de la tête aux pieds et qui forme une gangue qu’il faut enlever au couteau.
Pour Genevoix, ça se termine aux Eparges, une crête qu’il a fallu reprendre aux boches et qui a été de nouveau perdue au prix de milliers de morts. Trois balles qui le sauvent et l’écartent définitivement de la boucherie mais qui le bouleversent de devoir laisser là ceux qui vont devoir rester et mourir.
Putain de guerre !!!!!!! L’écriture est magnifique et Genevoix a le talent immense de faire parler tout le monde dans ces patois si riches et imagés. Un chef d’œuvre sans hésiter.
Le livre rassemble quatre récits parus entre 1916 et 1923
Sous Verdun (1916)
Nuits de guerre (1917)
La boue (1921)
Les Eparges (1923)
