BOIS II – Elisabeth Filhol – P.O.L. –
Après son excellent premier livre qui nous faisait partager la vie des intérimaires du nucléaire (La centrale) Elisabeth Filhol nous entraine cette fois ci dans l’aventure d’une société bretonne, qui au fil des rachats et de son histoire en parvient à sa fin. Son directeur, plutôt habitué aux bureaux parisiens et au confort des réunions de dirigeants se rend à l’usine pour y négocier les licenciements avec les délégués syndicaux. A peine arrivé, il va être séquestré.
Dès le début du roman, nous sommes surpris par les phrases employées qui parlent aussi bien de la formation des roches qui vont donner la matière qui va permettre aux hommes de la travailler, que celles qui décrivent la vie de ces gens, de leurs errances dans le monde du travail et enfin de l’impasse dans laquelle ils se trouvent quand leur usine ferme.
E.F décrit de manière délicate, grâce à une écriture précise et riche, le fonctionnement actuel des sociétés qui perdent peu à peu leur histoire et leur entité à l’occasion de rachats et de délocalisations successives. Cette société, qui a été la fierté de son fondateur, « Il en parlait avec passion, probablement mieux qu’il ne savait parler de ses enfants, lui qui avait consacré l’essentiel de son temps et de ses capacités à la faire grossir et se développer, quand l’argent donné à d’autres servait à les élever eux, son fils et ses deux filles.» «A sa mort, en 1991, la Stecma employait près de cent soixante salariés avec un chiffre d’affaires supérieur à cinquante millions d’euros.» occupé à la faire prospérer sans penser à s’enrichir personnellement, occuper à son bon fonctionnement, parcourant ses allées et ses entrepôts en blouse de travail, cette société donc est en train de mourir, vendue à des financiers plus qu’à des entrepreneurs.
A travers les portraits de ces personnes qui vont se battre ‘pour sortir la tête haute’ comme on dit dans ce cas là, c’est toute la société actuelle et sa déshumanisation progressive que dénonce Elisabeth Filhol. Un roman qui prend peu à peu des allures de thriller et qui emmène bien au-delà de ce simple conflit.