le temps des grâces ce moment désuet de silence où l'on remercie celui ou celle qui nous permet de nous nourrir dieux de la terre, des arbres, de la pluie ou du vent dieux invisibles et pourtant si présents qui déposent les graines qui aident l'homme dans sa peine et celui-ci leur rend hommage et si l'on oublie aujourd'hui ces moments le film vient nous rappeler les liens étroits qui continuent de nous unir avec la terre cette masse qui pour peu qu'on la traite avec soin et respect nous offre tout l'année et gratuitement ses fruits et ses arômes rapport homme/végétal rapport homme/minéral rapport...
sa présence plane dans le ciel de ma vie telle un flot de lumière un rappel permanent à l'amour fraternel elle est l'étincelle qui ranime un feu parfois prêt à s'éteindre la vision furtive du visage souriant qui m'observe la voix comme une présence rassurante parfois dure parfois douce et riante mais je ne peux pas dissocier les deux faces de sa réalité ce qui compte c'est son existence sa persistance dans une vie perturbée et parfois frustrée qui s'épanouit dans le geste et le regard sur la vie
si la poésie me permet de m'exprimer en toute liberté elle reste une parole intime soufflée sur le papier comme un vent indicible elle est tellement personnelle qu'elle ne rencontre que rarement l'écho de celle ou de celui qui sera ainsi l'alter-ego de ma pensée Mais qu'importe elle jaillit comme une bouffée de plaisir un désir de jouissance incontrôlée et c'est dans ces occasions qu'elle est vivante, vibrante dévoilant les secrets de mes paysages intimes je suis là non, là-bas je reviens ici je survole le ravin tel un oiseau fou de lumière je parle à l'oreille de mon ami je m'approche de la bouche...
oui je sais j'ai été absent quelques jours ne m'en voulez pas car je ne suis pas fait pour l'obstination, le tout pour le tout, le toujours mais plutôt le parfois, le soudain, le détour je suis parti un mois ce n'est pas long je ne suis pas parti loin quelques montagnes au moins quelques sentiers pour se rappeler la terre les odeurs du thym de l'hiver les couleurs des ciels si clairs et puis les envies qui reviennent les images qui parviennent aux yeux de ceux qui ont su attendre Les Dentelles de Montmirail Travis dans la neige de la Montagnette Champignon de bois
le chemin est là il m'attend il n'a pas tellement changé depuis notre dernière rencontre les arbres toujours serrés les uns contre les autres à se raconter leurs histoires anciennes quelques uns tombent rongés par la vermine ou tout simplement usés par le temps ils retournent à la terre pour faire naître leurs confrères les animaux se cachent attentifs à mes mouvements parfois, mis en confiance, ils déboulent à l'improviste et surpris, détallent à toute vitesse pour retrouver l'abri du sous-bois Chaque retrouvaille qu'elle soit sur le sentier déjà connu ou celui à l'instant découvert scelle encore...
Donc de retour chez moi dans la maison vide après ce mois d'insolitude tout le temps des gens tout le temps du mouvement sans arrêt des images nouvelles des rencontres, des sourires des découvertes infinies j'ai composé un paysage flamand digne d'un peintre du 18° siècle j'ai admiré un lac qu'aucun obstacle ne perturbe l'horizon j'ai foulé des sols tapissés de lichens blanc j'ai attendu un train qui n'est jamais venu sur une voie plus droite que la ligne imprévue j'ai fait le tour d'un monde totalement inconnu aussi proche de mon cœur que peut être le rêve de l'avoir vécu
Beaucaire 40 degrès languedoc tropicalizé les corps transpirent les vielles pierres en pire mais le son de la bossa nova ne résonne pas au fond du bar le forro n'entraine pas la foule dans la danse le baile funk ne secoue pas le quartier endormi que dois-je aller si loin pour réveiller la passion oubliée ???
j'aime l'été cette sensation de chaleur qui m'enveloppe et me rapelle la moiteur tropicale des temps brésiliens où les corps presque nus énivrés par l'odeur du désir réclamaient sans pudeur le pure volupté des caresses on se frôle pour se sentir on se touche pour s'humer pour accentuer la passion pour déclencher la danse où les corps s'emmèlent s'enlacent dans un mouvement dont seul l'épuisement vient à bout dans le bus qui nous emmène à la plage hommes et femmes maillots minuscules qui cachent la dernière intimité lèvres et yeux fardés les regards se croisent se cherchent déjà la plage l'espace...
je ne sais plus quoi faire de ce sexe sans partenaire de ce corps qui rêve de caresses de ces yeux qui scrutent un horizon sans une ombre de présence la bouche sèche de ne plus embrasser de ne plus s'abreuver de baisers les oreilles sourdes du silence des mots sussurés le nez fermé aux odeurs les plus intimes de ce corps depuis longtemps oublié les mains figées dans l'immobilité de la solitude les bras inertes qui ne se souviennent plus de leur dernière étreinte Combien de temps encore ce purgatoire de l'amour ce labyrinthe des sentiments enfouis avant la rencontre nouvelle celle qui va tout réveiller...
pourquoi m'as tu quitté comme un chien abandonné les yeux suppliant le corps defait de toutes les souffrances du chemin déjà parcouru seul à la recherche de la maison qu'on a tout fait pour ne pas retrouver je suis loin je ne suis nulle part rien pour me rappeler rien pour m'accrocher aucune aussière, aucune bouée aucun fauteuil pour me reposer aucun tapis pour m'allonger et ne plus sentir la pluie et le froid du sol étranger