Les 3 sœurs du Yunnan – Wang Bing – Chine 2012
Mais qu’est-ce qui m’a donné envie d’aller voir ce film chinois ? Certainement l’appétit de découvrir des contrées encore ignorées, un nouveau cinéaste car j’ai raté A touch of sin alors pas deux fois. Mais je ne m’attendais pas du tout à ça, à ce que j’ai vu, à ce que j’ai découvert. Plus un documentaire qu’un film, il nous montre la vie de trois sœurs âgées de 4 à 10 ans dans un village perdu à 3200m au Yunnan, une contrée chinoise du sud-ouest.
Mais ces trois petites filles, aussi exceptionnelles les unes que les autres, nous paraissent très vite extrêmement livrées à elles mêmes. La maison, si on peut appeler maison cet abri sommaire en terre battue et où la cuisine se fait à même le sol dans un trou creusé, offre un confort plus que rudimentaire : les couvertures n’ont pas vu de savon depuis bien longtemps, les lits sont des paillasses dignes du moyen-âge; tout d’ailleurs nous transporte dans cette époque révolue à nos yeux.
Elles participent quand même à la vie de ce village comme ramasseuses de crottin ou bergères de moutons ou de cochons car là-bas, les cochons sortent dans les prés et ont l’air bien tranquille. Des mots sont souvent répétés : » ne leur fait pas peur, ne les effraie pas, ne les frappe pas ». Elles se mêlent aussi à la vie du village lors de festins où elles ont enfin l’air de manger à leur faim. La mère est partie (où, depuis quand ???) et le père tente une meilleure vie en ville et revient les voir avec des cadeaux de temps en temps pour finir par revenir définitivement faute d’emploi.
On ressort abasourdi par ce film, par la ténacité de ses gamines qui ne se plaignent jamais, parfois quelques larmes pour les plus petites mais quoi de plus normal, qui ne possèdent rien, pas de jouet, pas d’habits décents, des chaussures trouées qui les blessent et qui les font rire « Regarde, elle saigne…. ». Et dans ces paysages splendides souvent enveloppés dans le brouillard mais qui s’illuminent parfois sous le soleil, on se prend à aimer ce peuple chinois sur qui l’on tape à longueur d’année et les apparitions fugitives de télévision ou de téléphone portable semblent incongrues dans cet univers.
Les enfants occidentaux devraient voir se film et arrêter de se plaindre sans cesse dès qu’il leur manque quoique ce soit.
Un grand moment de cinéma.