Sankara n’est pas mort – film documentaire de Lucie Viver – 1h49mn
Bikontine (enfant-adulte dans sa langue) est un jeune poète un peu perdu dans son pays. Perdu comme peuvent l’être tous les poètes de tous les pays et qui rêvent de voyages ou d’ailleurs sans savoir vraiment où ils vont les mener mais la pulsion est grande.
Bikontine n’a pas connu ce président qui a révolutionné son pays et libéré d’un colonialisme rétrograde. Non, mais son nom résonne encore partout. Thomas Sankara n’est pas resté très longtemps au pouvoir car il dérangeait trop, que ce soit les forces extérieures que celles de son propre pays et c’est son meilleur ami de l’époque qui l’a fait disparaître par un coup d’état. Blaise Campaoré est resté au pouvoir longtemps, vraiment longtemps et il a fallu un soulèvement populaire en 2014 pour l’en chasser après 27 ans.
Bikontine décide de traverser son pays en suivant la ligne de chemin de fer de l’époque et tout au long de cette voie il va rencontrer des figures humaines avec qui il va échanger sur ce passé et cet homme. Institutrice où plus 60 élèves s’entassent dans une classe, chercheurs d’or, balayeuses, toutes ces femmes et ces hommes représentent ce Pays des Hommes Intègres (Burkina Faso) et Bikontine nous les fait rencontrer dans une simplicité magnifique.
La réalisatrice se fait dune discrétion incroyable pour nous transmettre ces rencontres et les textes que Bikontine écrit tous les jours. Étonnant moment où il récite des vers de Sédar Senghor avec un homme rencontré de nuit dans la rue.
Long poème cinématographique où on avance doucement jusqu’aux confins de ce pays sur les traces de son histoire et les pas de Bikontine jusqu’à arriver au point où les rails s’arrêtent. Alors que faire ? Revenir ou continuer ?
La guitare lancinante de Rodolphe Burger accompagne merveilleusement ce magnifique premier film. A voir bien sur.
