Talking About Trees - documentaire soudanais de Suhaib Gasmelbari - 2019 – 1h34mn
Ils sont quatre, Ibrahim Shaddad, Suliman Ibrahim, Eltayeb Mahdi, Manar Al-Hilo, quatre cinéastes qui ont fondé la Sudanese Film Group avant que la dictature les oblige à l’exil après un petit passage par les geôles et des séances de torture.
Ils sont revenus et tentent désespérément de faire revivre leur passion dans un pays qui a basculé dans une religion omniprésente. Il y a aussi un vieux minibus Volks qui les transporte à travers le pays pour faire des projections de Chaplin aux enfants. Il est très vieux et tombe souvent en panne comme le courant qui fait de même. Mais le but ultime c’est de proposer un film dans une des salles de cinéma en plein air de Khartoum abandonnées au vent et à la poussière mais pas facile non plus entre les prières des nombreuses mosquées de la ville (passage hilarant encore une fois où l’un deux dit : » Pendant qu’on cherche, il s’en sera construite encore deux »).
Mais l’espoir va se confronter aux refus des propriétaires « qui ne veulent pas avoir d’ennuis» ou de l’administration qui va leur demander des papiers impossibles à trouver ou des raisons valables pour projeter un film qui ne présente pas de de scènes ou de propos douteux alors que la population a voté pour Django….(pas celui de Tarantino mais celui de Sergio Corbucci, sorti en 1966) car il veulent de l’action.
C’est le désir absolu de faire renaître le cinéma et l’humour et la poésie permanente des quatre protagonistes qui vaut de voir ce film. Leur engagement, leur propos respectueux mais qui ne cachent pas vraiment leurs pensées profondes quand ils disent lors d’une émission de radio….
« Si le héros meure précocement, c’est qu’il y a eu un traître » vaut son pesant d’or.
On apprend aussi que l’un deux a fait ses études en URSS et on l’écoute en russe demander si on peut retrouver son film de fin d’études..
Depuis la réalisation du film, le dictateur Omar Al-Bachir a non seulement été chassé du pouvoir par le peuple, mais il vient d’être condamné par la justice soudanais. Le cinéma va pouvoir revivre dans ce pays.
