La Cordillère des songes – film franco-chilien de Patricio Guzmàn – 2019 – 1h25mn
Quand Patricio Guzmàn tournait les images de son film, il était loin de s’imaginer que quelques mois plus tard, ce pays allait vivre des journées qui allaient bouleverser le quotidien de ses compatriotes.
Mais c’est d’abord de cette Cordillère dont il nous parle, cette masse de roches qui enserre le pays telle une colonne vertébrale immuable. Si elle pouvait parler, elle raconterait l’histoire de ce peuple qui y vit depuis 20.000 ans et ses roches, que des sculpteurs extraient de ses parois, deviennent des œuvres monumentales, à l’image de sa grandeur.
Mais elle pourrait aussi raconter ce qui s’est passé en 1973 car de ses hauteurs, elle domine la ville de Santiago comme toutes les villes qui lui tournent le dos et qui regardent la mer. Elle pourrait dire ce que Pablo Salas, un documentariste qui a tout filmé depuis cette époque et que le réalisateur nous présente comme la mémoire vivante de son pays, nous montre encore aujourd’hui et c’est un miracle que cet homme soit toujours vivant où que ses archives n’aient pas été détruites et même si P. Guzmàn ne nous l’explique pas, elles nous font toujours aussi froid dans le dos.
Mais le plus étonnant, c’est bien que ce film sorte sur nos écrans alors qu’en même temps les chiliens et les chiliennes sont de nouveau sorti.e.s dans les rues pour crier et se révolter contre un système qui perdure depuis ces années noires. On ne pouvait espérer plus criant d’actualité.
Le cinéaste nous rappelle l’expérience néolibérale qu’a vécu ce pays et qui a engendré le chaos mondial qui règne aujourd’hui nous remémorant, par la même occasion, que ce sont les mêmes qui sont au pouvoir que ceux qui ont torturé et assassiné ce peuple il y a 40 ans.
Ce film vient clore (peut-être pas, tellement il y a à dire) une trilogie commencée par deux magnifiques films qui sont: La nostalgie de la lumière (2010) et Le Bouton de Nacre (2015).
