Leto – film russe de Kirill Serebrennikov – 2h10mn
10
déc.
2018
Leningrad (pas encore redevenue St Petersburg) fin des années 80, Brejnev tente encore de faire croire à une Union Soviétique fidèle aux principes mais le rock traverse les frontières et la jeunesse russe na passe pas à coté du déferlement punk. Les murs des jeunes musiciens se couvrent des affiches de Bowie, des Sex Pistols, du Velvet et de tous les autres. Mais ces jeunes artistes ne se contentent pas de copier et tout en s’inspirant des maitres vont créer une musique rock typiquement russe qui ne traversera pas ou très peu la frontière de ce pays. Il faut dire qu’il y a assez de public pour les apprécier. Cela me rappelle les paroles de Zakar Prilepine qui dit : « Quand je sors un livre, il est tiré à 5 millions d’exemplaires ». Ça fait rêver. Alors pour la musique, il y a assez de jeunesse russe pour s’en enivrer.
Mais nous ne sommes pas en Angleterre ni ailleurs et pour se faire entendre il faut passer par une commission qui examine les paroles et tente d’en déceler les fourberies mais on arrive un jour à monter sur la scène du Leningrad Rock Club, graal absolu même si des agents surveillent ceux qui auraient trop envie de montrer leur passion pour cette musique.
C’est autour du chanteur Mike Naumenko de Zoopark et du jeune compositeur de 19 ans Tsoi que le film va se construire. La jeune est belle Natascha, femme de Mike, ne va pas rester insensible aux charmes très troublant du jeune et talentueux eurasien et une sorte de ménage à trois (très amour collégien, comme l’avoue Natascha à Mike) va s’installer entre eux sans pour autant détruire leur amitié. Mike va aider Tsoi à se produire et le lancer sur la scène russe et devenir une star.
Le film est ponctué de scènes irréalistes où les passagers des trams, des trains participent à la pagaille subite en entonnant les chansons des héros des artistes locaux. C’est totalement jubilatoire et visuellement magnifique.
Kirill Serebrennikov est assigné à résidence depuis un an mais cela n’a pas empêché son film d’être présenté au dernier festival de Cannes où il a remporté le prix de la meilleure musique. Le magnifique noir et blanc qui le compose n’est pas sans rappeler le film Control et la vie de Ian Curtis de Joy Division mais c’est plutôt la joie et l’enthousiasme qui débordent ici et c’est très contagieux.
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