The Intruder – Roger Corman – USA, 1962, 84mn
D’abord un long traveling dans une petite ville à bord d’un bus, des voitures garées le long des trottoirs et au milieu des Impalas et autres Bel Air, un petite Dauphine ressemble à un jouet. J’adore déjà mais ce n’est pas vraiment l’idée de départ de ce film mais plutôt la réintégration des noirs dans la société américaine et justement dans ce bourg paumé et pour la première fois, dix étudiants noirs vont intégrer des écoles jusqu’à lors réservées aux seuls blancs.
Cramer, l’homme qui descend de ce bus, blanc jusqu’au complet immaculé va tenter, en se faisant passer pour un réformateur social, d’empêcher cette régression en faisant remonter chez ces gens ordinaires le racisme qui est en eux. L'une des premières phrases que l'on peut entendre est celle de la patronne de l’hôtel qui dit, en parlant d'un des ses employés : "Quel fainéant, il doit voir du sang noir dans les veines". Le ton est donné. Il faut rappeler qu’une loi a été votée au Congrès sur cette avancée sociale mais il va distiller dans leurs tètes que cette loi n’a pas été votée par eux-mêmes et qu’ils peuvent donc ne pas en vouloir chez eux. Manipulateur et fourbe, Cramer va se laisser déborder par ses propres convictions et perde peu à peu le contrôle de la situation.
Même si les caractères des personnages sont un peu forcés (contre-plongées et visages filmés de très près) et la communauté noire vue comme peu revendicatrice, la force du film tient dans ce message très courageux de Corman dénonçant ouvertement (trois ans avant les marches de Selma pour le droit de vote des noirs) la ségrégation et les actions du KKK dans un sud rongée par le racisme.
Il nous rappelle aussi l’histoire de James Meredith, le premier étudiant noir-américain à intégrer l'université du Mississippi sous escorte militaire le 1er octobre 1962. Réalisé dans un magnifique Noir et Blanc (le Noir devant pour une fois), le film a été tourné avec un très faible budget (80.000 dollars) et dans des conditions un peu chaotiques, Corman de donnant pas à la population toutes les données du scénario l’obligeant ainsi à changer de ville en catastrophe pour continuer.
Merci à l’Utopia d’Avignon de nous proposer ce film en parallèle à la sortie de celui de Spyke Lee.

