L'usine de rien / Usina de nada – film de Pedro Pinho – Portugal 177mn
Zé reçoit dans la nuit un coup de fil lui annonçant que des ‘transporteurs’ sont en train d’embarquer des machines outil de l’entreprise où il travaille. Il quitte sa compagne et s’en va rejoindre ses camarades. Nous sommes plongés directement dans ce que peuvent vivre en direct des ouvriers du monde entier.
Le film de Pedro Pinho (qui représente un collectif) ne ressemble à aucun film sur les luttes ouvrières et les délocalisations que ceux ci peuvent subir. À la fois chronique de la vie intime de l’un d’eux, Zé, confrontations avec les personnes qui viennent les convaincre d’accepter un dédommagement, décisions collectives à prendre quant à l’avenir de leur travail, réflexions sur le travail comme outil ou non d’émancipation (lors d’un entretien avec des syndicalistes et des penseurs marxistes assez percutant) jusqu’à la responsabilité à prendre de faire tourner la boite sans encadrement et leur questionnement sur leur capacité ou non à assumer cette tâche, le film nous entraine dans une succession de séquences aussi haletantes qu’un thriller.
L’actualité des ‘Paradises Paper’ vient à point rappeler que nous sommes bien face à la réalité d’un monde qui se fiche de ceux qui produisent tant que cela rapporte le plus d’argent aux actionnaires. Les ouvriers ne sont qu’un facteur d’ajustement dans un monde où la voracité ne se soucie plus de l’humain.
Les trois heures du film nous font passer par des moments et des sentiments si étonnants que nous sommes totalement fascinés par l’histoire qui se déroule devant nous car Pedro Pinho a su magnifiquement transformer son film dans un mélange de fable, de comédie musicale sans omettre la réalité frontale des enjeux vitaux de certains.
