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Le blog de didier falleur pensées nomades

Livrinter

didifricotin
 

Il est là, immobile, posé sur la table où je l'ai laissé. Et quand la journée se termine, que les taches ménagères sont faites, que les nouvelles du monde ont été entendues, que la musique a su me faire danser au son mélodieux d'un balafon ou d'un accord rageur de guitare, il revient.

Naturellement, il s'ouvre et les lettres deviennent des mots, les mots des phrases qui me transportent dans l'univers imaginé par cet écrivain magicien.

Pas besoin de lunettes spéciales pour regarder des effets spéciaux d'un film qui aurait couté de quoi nourrir un peuple affamé. Non, c'est la seule écriture qui me fait voyager, me fait suivre la vie de ces personnages réels ou fictifs et je ne fais plus qu'un avec le livre, je vis, je vibre avec ces héros qui deviennent mes compagnons de route.

Je suis balloté dans la diligence conduite nerveusement par Wallace Stegner, fouetté par les embruns qui envahissent le cockpit de Joshua. Je partage le repas frugal des alpinistes dans leur bivouac sommaire à l'assaut d'un Daulaghiri monstrueux. Je tente de venir en aide à Nicolas Bouvier dans ses galères mécaniques en Afghanistan et je rie des facéties d'un Thieuloy roublard en route vers l'Inde. Je baise des femmes sublimes dans les draps souillés par Miller et Bukoswki et pendant qu'Edward Bunker me fait ma mauvaise éducation, j'accompagne Jim Harrison dans les immensités vierges du Montana. Je me fais tout petit dans la besace d'Ella Maillart. Je saute sur le cheval que me propose Pouchkine quand il part à Arzroum. Et quand Cendrars m'invite dans son compartiment du transsibérien, comment voulez vous que je refuse?

Je suis fourbu, les reins cassés, le cul tanné et les yeux rougis par le sel. J'aspire à un calme mérité. Du calme ? C'est pas le moment car se pointent R. McLiam Wilson, ses dépossédés et ses révoltes irlandaises, Jonathan Coe et sa désastreuse époque tatcthérienne et quand il me parle de National Health, je bondis de joie au souvenir de ce fabuleux concert à Pigalle. Hanif Kureishi vient clore ce chapitre d'une histoire anglaise bien noire.

Le repos viendra peut-être à la lecture de la prose plus intimiste d'Echenoz, de Toussaint ou de Bon qui m'interpellent de leur écriture nouvelle et de leurs récits décalés.

Vous allez me dire : « C'est tout ? Et les autres ? Et les femmes ? » Eh bien les femmes et les autres, ils seront lus par d'autres. Et puis les femmes existent à travers les écrivains car ils ne font que parler d'elles, ces hommes....Tant d'écrivains pour tant de lecteurs. Et si par hasard un écrivain que j'aime me parle des écrivains qu'il aime alors le cercle ne fait que s'agrandir et je suis pris de vertige. Alors il me faut faire des choix et les choix que j'ai fait m'ont déjà tant apporté. Merde! J'aurais jamais le temps.

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