Langogne - Genolhac
Tout commence bien;
le premier train est à l'heure et m'emmène dans la nuit à Nîmes. En voie pour Alès, le jour se lève dans des couleurs flamboyantes et je distingue au loin le Ventoux et les Dentelles qui se découpent sur l'horizon orangé.
Un dernier bus pour Langogne. Jusqu'à Génolhac, le route est connue puis la vallée de l'Allier dévoile ses charmes tout en courbes et douceurs. Il faudra revenir.
10h30 déjà quatre heures de voyage. 10°, ciel bleu. Au centre de la ville, une église entourée de maisons qui font remparts. Étonnement, pas de boutiques. Austérité lozérienne.
Je quitte la ville par la rue Haute et tout de suite le lac de Naussac. Le nouveau village a été reconstruit sur une butte. Ma carte date de 1980 et le tracé des villages et routes y est encore présent. Sur l'autre plus récente, une grande tâche bleue vient recouvrir le passé englouti
Je rencontre un pécheur ; il me parle de l'époque où tout a disparu, du clocher transporté par hélicoptère, des bulldozers qui rasent définitivement les villages pour éviter les pillages. Tout ce qui a pu être récupéré, vendu ou sauvé l'a été; au fond ne reste vraiment que du sable identique à celui sur lequel je suis.
Le barrage nécessitant réparations, le niveau de l'eau a été baissé ce qui fait le bonheur des vaches et des marcheurs. Parfois subsistent des traces de l'ancienne route mais elle ne mène plus nulle part si ce n'est au fond de l'eau....
Je quitte les eaux limpides et calmes pour la campagne, villages tranquilles et j'arrive aux Salles, gîte de ce soir. Le paysan qui accueille m'a dit "pas avant 6 heures car je travaille à la ferme" et il arrive à 18h15. "C'est la journée du sport et j'ai du monde jusqu'à 20h30; nous dînerons tard ce soir". Putaing, j'ai déjà faim !
Mais je suis seul ce soir, l'occasion d'échanger librement avec mon hôte : agriculture, paysans, traditions, écologie. La conversation s'étire jusqu'à 22h30 et nous allons tous dormir.
Le lendemain, je rejoins Auroux puis la berge opposée du lac. Le temps est couvert mais le ciel s'ouvre parfois et éclaire le paysage de contrastes saisissants. Je pourrais me croire à Lagoda mais c'est Naussac et très bien aussi.
La fâcheuse manie qu'ont les paysans lozériens à clôturer leurs moindres parcelles ne rend pas la marche facile si l'on s'éloigne un peu des tracés pré-mâchés. De plus, ma carte de 1980 ne donne aucune indication pour les balisages; je me pers un peu mais je me débrouille et tant pis s'il me faut traverser quelques champs pour rejoindre mon but.
Paysage de landes et de forêts, j'arrive au gîte de Cheylard l'Evêque vers 17.00. J'y retrouve le chemin de Stevenson et la cohorte de marcheurs qui l'empruntent. Le dortoir est déjà occupé par deux hommes dont un écossais. Nous n'échangerons pas beaucoup. A table avec un couple de provençaux qui viennent faire leur récolte annuelle de champignons la conversation ne tournera pas autour des exploits personnels habituels.
Excellent repas, la cuisinière se fait manifestement plaisir. Le patron, tel un Raffarin reconverti, n'arrête pas d'ouvrir et de fermer sa branche de lunettes et semble compter chaque bouchée que nous avalons. Petit déj' aussi somptueux, idéal pour bien commencer une randonnée. D'autres hébergeurs pourraient en prendre graine.
Mon chemin sort des traces pour n'en faire qu'à sa tête. La forêt est littéralement envahie par les champignoneurs. Il parait que l'on n'a pas vu telle profusion depuis 10 ans. Les paniers débordent de ceps. J'en mange d'ailleurs tous les jours.
( ouf, là il n'y a personne...............)
Le Mourre de Gardille culmine à 1503 mètres et un olibrius a décidé de clôturer les mille hectares qu'il y possède. Le chemin longe donc cette clôture régulièrement cisaillée comme pour faire passer un message. Il arrive aussi que des veaux se retrouvent de l'autre coté et que les mères appellent longuement.
De son sommet, un beau panorama : Mt Lozère, Haute Loire et plus loin d'autres que je sais pas. Puis descente vers l'immense plateau de la Margeride.
Il paresse à 1200 mètres et on l'appelle aussi "La petite Sibérie".
Je repars à l'assaut du sommet du Goulet qui malgré ses petits 1500 ne se laisse pas attendrir ; toujours des barbelés, toujours des détours. Mais tout de même atteint; non mais sans blagues; Dukismokton ???
Gîte de Bonnetès: Nathalie n'a visiblement pas trop envie de communiquer, certainement exténuée par la longue saison qui s'achève. Délicieux repas (ceps!!!!) que je partage avec des randonneurs et un groupe d'anciens de la guerre d'algérie qui se retrouvent tous les ans. Ils sont bien drôles. L'un d'entre eux parle avec un fort et délicieux accent lozérien et fabrique des chaises à Allenc tout près d'ici.
Le lendemain, temps couvert pour affronter Mt Lozère mais il ne pleut pas (encore). Je passe le Bleymard et c'est la longue montée . Le sommet est ennuagé mais il se dévoile assez pour me permettre de filer direct. Je le trouve pilpoil; connaissance du terrain (4 fois déjà ?).
A partir de là, la brume et le froid seront mes seuls compagnons de marche, vue bouchée et rythme des pas. Quelques hameaux pour justification sinon solitude.
Pas de photos non plus, l'appareil n'a pas apprécié l'humidité ambiante. Je sais que c'est sublime les vues alentours et jusqu'aux Alpes parfois, mais pour aujourd'hui, 10 mètres devant pas plus. Heureusement, l'eau ne tombe que sous la forme de bruine sinon ça serait le bouquet.
Arrivée au gîte vers 18.00; super douche et repos. Je rejoins l'auberge vers 19.30 et en attendant le repas, je discute avec un flamand sympa qui travaille dans une maison pour handicapés à Chamborigaud juste en dessus..Il vient ici pour se changer les idées.
Repas passable à oublier. Nuit moyenne, temps tumultueux; la pluie cogne sur le velux et les éclairs illuminent le ciel de courts moments. Qu'il pleuve toute la nuit, il faut que demain soit clément.
Ce qu'il est. Au réveil, le brouillard s'est levé mais pas le vent. Ca souffle fort et on s'habille comme en hiver. Dernier jour, redescente vers Génolhac, je prends mon temps, je ralentis le pas pour profiter des ces derniers chaos de granit, des ces derniers genêts, des ces dernières lumières sublimes. Là-bas vers le Mt Bouquet, une ligne nette dans le ciel me dit qu'il fait beau à Uzès. Ici c'est toujours la tempête qui souffle, deux mondes qui se côtoient sans se connaître.
Génolhac : stop illico pour Nîmes puis train illico pour Beaucaire; en deux heures je suis de retour. Trop vite ???? Alors le texte pour rester encore là-haut ........................