La Gomera, l'île où il fait plus que bon vivre
Les espagnols découvrirent l’archipel au 14° siècle sans s’y intéresser et ce n’est qu’au début du 15° qu’ils s’y installèrent pour de bon non sans avoir massacré quelques aborigènes qui résistèrent vainement à ces envahisseurs (ça me rappelle vaguement d’autres histoires). Sur île de La Gomera, les chefs locaux acceptèrent ces nouveaux venus sans combattre et s’est pourquoi Christophe Colomb y accostât pour se ravitailler avant de faire sa première fameuse traversée vers « Les Indes ». Il y revint par la suite mais on dit aussi que c’était pour passer du bon temps avec la belle veuve du potentat assassiné par les locaux. Héhéhé !!!!!
Pour ma part c’est en 2000 que j’y fis ma première incursion en solo et sans mauvaise intention aucune à tel point que j’y revins l’année suivante avec un groupe d’amis belges. Or donc, cela faisait 13 ans que je n’y avais pas mis ni les pieds ni les mains.
Bien m’en a pris d’y revenir car cette île est un véritable enchantement. Tout ici incite au bonheur total : les gens eux-mêmes sont d’une extrême gentillesse, les fruits se prennent directement dans les arbres (oranges, citrons ou avocats ; pour les bananes ou les papayes pas trop car c’est un commerce aussi) ; les randos sont à tomber par terre dans un paysage absolument magnifique. Si vous ne connaissez pas cette île, n’hésitez pas, c’est que du bonheur !!!!!!
Déjà le bateau pour y arriver fait changer la vitesse de notre vie. C’est lent et l’approche se fait donc doucement. Le port de Los Cristianos s’en va avec ses cohortes de touristes jeunes et vieux qui viennent s’affaler sur les plages et sous le soleil bon marché. Ici le tourisme est plutôt rural : pas de sable fin ou si peu, un petit aéroport avec ses petits avions. Comme El Hierro, La Gomera est une île isolée et sauvage. On y vient pour parcourir ses canyons encaissés, son sommet, sa forêt primaire classée au patrimoine mondial de l’Unesco, se perdre dans les vallées verdoyantes à la découverte des cascades et des vieilles maisons abandonnées où subsistent parfois quelques traces de vie ancienne sinon des villages perdus qui résistent à la tentation du dépeuplement et de la grande ville.
On débarque donc à San Sebastian, capitale de l’île toujours aussi accueillante et paisible. Le va et vient des bateaux rythme la vie du petit port. On y vient pour la journée ou pour plus longtemps, parfois très …..
Nous allons y rester les 4 premiers jours pour prendre le temps (Pension Colon, 25€ la nuit pour 2) et s’imprégner de la vie locale, des petits déjeuners au jus d’orange ou de papaye ou mélangés avec biscuits aux amandes et des magnifiques randonnées qui partent de la ville même comme Les plages de la Guancha et d’El Cabrito (7h AR, 1000m déniv) d’un côté ou du village abandonné de Cuevas Blancas de l’autre (7h et 500m déniv).
Deuxième étape obligatoire : Hermigua. La petite ville se trouve sur la cote nord donc face au vent de même provenance et aussi plus arrosée mais son cadre est exceptionnel : encadrée de falaises impressionnantes, ici on fait parler le dénivelé et nous n’y allons pas du tout pas hasard : la petite ville a été classée par un groupe de météorologues comme l’endroit le plus agréable à vivre de la planète. Excusez du peu !!!!!
Nous louons un petit studio tout aménagé face à la mer (25€ la nuit) et le petit supermarché local nous approvisionne en denrées locales et gouteuses. L’après midi nous laisse le temps de faire une petite balade vers la plage de Caleta et la Punta San Lorenzo.
Le lendemain, grand tour parAgulo (le plus petit village de l’île au charme incroyable) montée vertigineuse vers le mirador de Abrante (superbe vue sur le Teide) et le Centro de Visitantes (aie aie aie, tous les touristes sont là avec leurs cars…on fuie rapidement….). Descente, remontée et descente finale sur Hermigua (6h et 800m).
Ensuite, Los Aceviños, El Cedro et retour. Grosse journée de 6/7 heures et plus de 1000m. Mais cette randonnée permet de pénétrer dans la campagne et de grimper à plus de 1000m pour découvrir la bordure de la forêt. Au retour, nous visitons le musée ethnographique qui explique les détails de la vie locale ancienne et actuelle ; poterie, tissage, cultures, pastoralisme et toute la production locale dont le fameux miel de palme, les mojos verdes ou rojos, picantes ou suaves, les bananes, les confitures, les biscuits…… Pour revenir sur la banane des Canaries, je ne comprends pas pourquoi on nous impose de manger celle d’Amérique du sud qui est incomparablement moins bonne. Goutez la banane des Canaries et vous verrez la différence : plus de saveur, une chaire plus ferme…Un régal. Et en plus, elle viendrait de moins loin (on en trouve en Espagne bien sur). Les lobbies de la banane doivent être sacrément puissants….
Samedi, troisième jour : c’est la tempête et une tempête au milieu de l’atlantique ça ne rigole pas et comme notre studio est près de la plage nous sommes au premier rang que ça nous plaise ou pas. Le vent et si violent et la pluie si forte qu’elle rentre par la fenêtre. Faut éponger mais la proprio nous donne le matériel nécessaire en s’excusant des conditions. Mais que faire ????? De la grêle un moment. Ca hurle dehors et on parle de vent à force 9 un moment. La mer est blanche d’écume et les vagues énormes ce qui stoppera les liaisons maritimes ainsi qu’aériennes entre les îles durant plus de 24 heures. Exceptionnel !!!!!!. Je plains les marins qui se trouvent en mer en ce moment.
Nous profitons d’une petite accalmie pour nous promener jusqu’ au débarcadère totalement hors d’usage depuis que San Sebastian est devenu le port principal de l’île. De ce « pescante » était débarqué le poisson péché mais embarquaient aussi les gens qui émigraient vers le Venezuela ou Cuba quand les conditions de vies furent devenues trop dures sur l’île (vers 1930). Tout Gomero a quelqu’un de sa famille qui vit là-bas. On peut voir de belles photos anciennes au musée ethnographique sur ce sujet. Le vent ne mollit pas. Etonnante cette concordance de temps : même tempête (moins forte) que celle subie il y a 13 ans au même endroit. Mais les maisons résistent visiblement bien même si la pluie commence à gouter par le plafond. Petite coupure de courant. C’est à ce moment au bar du « Palito » que l’on apprend qu’il neige à Chipude (1000m). Du jamais vu dans les souvenirs de l’île. Ca fait causer ……
Dimanche, toujours du vent mais la pluie s’est presque arrêtée. Nous prenons le bus jusqu’à Vallehermoso pour revenir à Hermigua à pied. Très beaux sentiers variés, rencontre avec deux botanistes qui nous indiquent un superbe spécimen d’olivier sauvage d’atlantique, des lichens et un arbuste qui est la principale source d’alimentation des lézards et des oiseaux grâce à ses fruits riches en eau et en nutriments. Ca grimpe, ça descend, Tamargada, La Vega pour rejoindre Agulo, Lepe et Hermigua (6/7 h et 900m). Le Teide est totalement blanc.
Lundi, retour sur Vallehermoso pour une rando sur la cote nord ouest dans sa partie la plus sauvage. Cumbre de Chijeré, ermitage de Coromoto où on peut voir des pierres qui semblent sortir de terre telles des œufs d’aliens. Vraiment étranges ! Retour par la crête et vue surplombante sur le Roque de los Organos, une falaise d’orgues basaltiques de 80 m de hauteur seulement visible de la mer malheureusement. A l’ermitage de Santa Clara, nous partageons notre repas avec 3 chats et une poule qui semblent s’accommoder très bien à ce lieu perdu. Retour sur Valle par des paysages toujours aussi idylliques. Bus pour Hermigua.
Notre dernière étape se trouve àChipude non loin d’Hermigua mais il faut retourner à San Sebastian pour reprendre un autre bus pour Valle Gran Rey qui passe par Chipude soit, avec les changements, 4 heures pour faire 50km mais quand vous aurez vu le relief de l’île vous comprendrez pourquoi c’est comme ça que ça se passe ici.
Donc bus à 8h, arrivée San Sebastian à 9h. Rebus à 10h30 pour arriver à Chipude à 11h30 et à Chipude c’est plus le même climat. Souvenez-vous, il a neigé samedi. Donc ça caille un peu alors nous décidons de partir pour une rando qui descend vers la côte par le fameux barranco d’Argaga. C’est une expérience que ce canyon vraiment encaissé avec quelques passages exposés qui demandent de l’attention. Mais par rapport à 2001, le sentier est bien mieux balisé et nous n’avons pas trop à chercher. Il faut à peu près 4/5 heures pour rejoindre Valle Gran Rey par le village de Gerian et le très bel ermitage de Nuestra Señora de Guadalupe. Grâce aux fortes pluies tombées, l’eau coule à flot et les cascades nous ravissent.
Valle Gran Rey nous accueille sous la chaleur et les touristes venus chercher le soleil et la plage (de sable et de galets noirs). C’est le seul endroit de l’île où il y a tant de monde.
Retour à Chipude par le bus de 18h00… une heure pour faire 30km ????
Le lendemain nous tentons une rando « pêchue » qui descend de la Fortaleza qui domine Chipude pour s‘enfoncer dans le vallon d’Erque. Mais que dalle, impossible de trouver ce maudit départ. Alors nous partons dans l’autre sens par un sentier en balcon qui donne une idée de l’incendie de 2012. Les pins reprennent vigueur et on peut voir des repousses partout. C’est bon signe. Passage par le plus haut village de l’île ; Igualero (1260m) et son monument en hommage au « Silbo » mais ensuite, peine perdue, à part passer par des sentiers totalement oubliés et sans grand intérêt, nous ne trouvons pas notre sentier ‘pêchu’. Nous abandonnons et rentrons par une longue route maintenant goudronnée. Heureusement, des ouvriers qui nous ont observés à galérer dans ce sentier rempli de cactus acérés nous prennent en stop et nous déposent à l’hôtel. Ouaouhhh, quelle journée.
Dernier jour de rando alors le grand jeu : le sommet. Mais cela sera sans aucune vue car il tombe une bruine fine qui nous oblige pour la première fois à enfiler l’équipement de pluie. C’est souvent le cas sur les hauteurs de l’île. Après quelques hésitations au départ (décidemment, j’ai besoin d’un petit stage d’orientation ….), nous retrouvons le sentier à Los Manantiales pour Alto de Garajonay. Le spectacle désolant de la forêt brulée nous accompagne toute la journée. Le feu a eu lieu en aout 2012 soit il y a à peine deux ans. Il a duré 2 mois et demi et n’a été éteint que grâce à l’arrivée miraculeuse de la pluie (on peut vraiment utiliser ce terme ici). La chaleur était tellement intense que c’est le sol même qui brulait et les racines des arbres. Les 9 canadairs, hélicoptères et centaine d’hommes sur place ne pouvait rien faire. Alors la pluie……………….
Roberto, garde au centre d’accueil du parc nous explique tout gentiment et avec tous les détails : les départs de feu, les indices, la date. Tout concorde pour affirmer que c’est purement criminel et bien préparé. Il faisait 40° ce jour et le vent venait du sud. Alors c’est pourquoi nous nous promenons aujourd’hui dans cette forêt calcinée où la vie reprend peu à peu mais à qui il faudra plus de 40 années pour reprendre son aspect originel.
Au sommet personne et nous voyons bien que le ciel bleu n’est qu’à quelques centaines de mètres au dessus de nos têtes mais non…..Au restau du parc nous retrouvons les cohortes de touristes qui descendent de leurs cars pour s'y d’engouffrer. Quelles vies ……Quelles visions désolantes…..Marcher ???? Pourquoi faire ?????
Nous négocions des boissons chaudes contre le droit d’y manger notre sandwich. C’est ok !!!!! Mais nous ne restons pas longtemps pour retrouver le calme de la forêt. Descente douce vers Chipude et comme nous avons du temps, après être passés par les ateliers de poterie de El Cercado (poterie traditionnelle non tournée), nous faisons un détour par La Matanza où retrouvons douceur et temps sec.
A l’hôtel, nous prenons notre dernier repas à côté d’un groupe de français et de leur accompagnateur de La Balaguère, Dominique qui s’avère très sympa et non avare de renseignements précieux sur l’ile et l’archipel. Il me parle de Catherine chez qui j’avais séjourné avec les amis belges. Elle a quitté Hermigua et tente une nouvelle expérience de ferme bio. Soirée très agréable à échanger nos impressions.
Vendredi matin, il fait froid à Chipude. Bus pour SS. Même chauffeur, même musique (cumbia). Arrivée sous la chaleur, le temps est immuable sur l’île : beau et chaud sur la côte, froid et humide en haut. Nous flânons dans la capitale, rencontrons les français et Dominique. L’île est petite et les rencontres fréquentes. Gaffe à vous !!!!!
Montée au Parador National splendide pour un jus de fruit, la vue plongeante sur la ville et celle magique sur le Teide enneigé. On s’la pète chez les riches mais ils restent très discrets!!!!!!
Délicieux diner dans un restaurant (La Salamandra), dernière nuit à la Pension Colon et debout à 5h30 pour chopper notre bateau à 7h00. Il arrive à 6h45 et dans des manœuvres très maitrisées, accoste, débarque ses passagers et véhicules, embarque les nouveaux en moins de 15 mn. Chapeau les marins !!!!!
Superbe vision de La Gomera s’en allant doucement et Tenerife qui se réveille sous le soleil levant. Tableau idyllique couronné par la vision fugitive dans le sillage du Taburiente de deux ailerons de cétacés. Ouahhh, quelle récompense !!!!
Brigitte part par l’aéroport sud et moi par celui du nord. Embrassades et je prends mon bus pour Santa Cruz où je compte visiter le musée d’art contemporain crée par Herzog et De Meuron, deux architectes suisses bien connus. Superbe réalisation et très belles expos photos et peintures. « Le Louvre et ses visiteurs 1969/1990 » de Alécio de Andrade, photographe brésilien qui a photographié Caetano et Gil durant leur exil à Londres. Emotion !!! Egalement une expo des photographes reconnus comme Nan Golding, Kertesz et autres pointures. Très beau moment. J’ai la journée pour moi et je flâne dans la ville un peu amochée par le temps. Il reste très peu de maisons anciennes et les petites places préservées font un peu décor sauvé de justesse. Photo de l’auditorium réalisé par Calatrava et son style reconnaissable (en procès avec la ville de Valencia pour malfaçons sur ses réalisations : 3 millions d’euros de travaux).
Dernier bus, montée raide pour l’aéroport riquiqui qui n’offre pas de zone d’achalandage habituel. La tentation est donc nulle de dépenser de l’argent pour acheter « les habits qu’il faut porter pour faire bien ». C’est étonnant d’ailleurs de constater que les gens achètent des habits alors que leurs valises débordent. J’observe le va et vient des avions de la Binter qui desservent les îles comme un ballet parfaitement réglé. 19h30 embarquement dans un 737 tout neuf ; ambiance passant du rosé au bleuté suivant les moments et espace confortable. La vidéo qui déroule n’est qu’une apologie de la vie moderne de l’homme moderne qui passe sa vie dans les avions. Il a sa carte privilège qui lui permet bien sur de passer devant tout le monde et on lui propose des destinations de rêve dans des villes comme Salvador ou Montevideo où il descendra bien sur dans des hôtels de luxe où il pourra jouer au golf (oh ouais !!!) et où sa famille le retrouvera « par surprise » grâce à ses milles accumulés durant sa vie de merde. Génial non ????? La vidéo ne dit pas qu’il va mourir d’un infarctus avant 60ans. Non, la vidéo ne parle absolument pas de ça. Dommage !
Mais pour nous, simples touristes, rien de tout ça et il faut payer notre repas. Que dalle !!!!
Arrivée à Barcelone à minuit 15 le temps de récupérer mon sac. La fille vue à santa Cruz et assise pas loin de moi
dans l’avion est russe, je l’entends dire « Priviet, niet problem, karacho….. ».
Je trouve une banquette confortable pour passer la nuit dans l’aéroport en attendant le premier métro. Nous sommes plusieurs à faire la même chose. Des voyageurs en transit. 7h00 je me lève pour prendre le train pour Sants.
La couleur des voyageurs vire au noir, un avion est arrivé de Dakar. Je parle avec un jeune qui en revient et qui vit et travaille ici. Il me donne des nouvelles de son pays et des tentatives du nouveau président de faire le ménage dans la corruption organisée par l’ancien président Wade. Un des ses ministres est en prison pour avoir détourné 45 milliards de Francs CFA (7 millions €). Une bagatelle !!!!! Son fils aussi est dans le collimateur.
Bonne chance à l’Afrique !!!!
En attendant mon train pour Cerbère je prends mon ptidej’ dans mon MacCafé préféré : toujours le thé bio et le croissant pour 2,2€. La salle est remplie de jeunes venant visiblement y terminer leurs nuits. Deux filles passablement excitées se font virer gentiment par le garde. Elles parlaient vraiment très fort. Pour l’Espagne c’est un comble
8h46 départ pour Cerbère. C’est le train des espagnols, rien à voir avec le TGV des étrangers. 12h35, dernier train pour Tarascon, il fait un temps splendide et cette journée passée dans ces trains me permet de rentrer tout doucement, au rythme humain du train qui fait défiler les paysages superbes de la côte, des étangs où flamands roses, canards et autres aigrettes prennent aussi du bon temps. Des randonneurs randonnent, des motards sillonnent, des touristes se promènent. C’est dimanche et la vie est belle……