Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le blog de didier falleur pensées nomades

Pantanal (suite)

didifricotin

« Me dé a rede

quero sonhar

o ar e puro

nao vou sair

balança com força

mais um poquinho

quero sonhar

bem diferente

talvez igual ao pasarinho »

( Hermeto Pascoal)

 

Pagé a déjà pris un piranha . La pluie se met à tomber très fort, la grosse pluie tropicale. Chuva gostosa.

Nous longeons la frontière bolivienne; montagnes recouvertes de végétation dense enveloppées de brume et de nuages. Le plafond est bas mais les montagnes sont plus hautes. Nous venons de doubler l'embouchure du rio Sao Lourenço, celui qui mène à Cuiaba et nous allons bientôt entrer dans le Mato Grosso. Cela ne fait pas longtemps que ce Mato Grosso a donné naissance à celui du Sud. Avant, ils ne faisaient qu'un seul état. Beaucoup de personnes restent sur l'idée d'un seul Mato Grosso, un état sauvage où il n'y a pas si longtemps encore, rallier Cuiaba à Porto Velho était une expédition où l'on pouvait se faire transpercer d'une flèche indienne.

 

·         Baia de Gaiba -

 

Cela fait maintenant cinq heures que nous y sommes bloqués à cause d'une barge ensablée. D'abord une première fois « Liberdade » (c'est son nom) mais on a réussi à l'en sortir. La deuxième fut la bonne; obligé de la laisser sur place. Nous avons déposé l'autre un peu plus loin et nous sommes revenus en arrière. Le Cap' manœuvre dans tous les sens pour tenter de la tirer de là. Pour l'instant c'est le fiasco. Liberté est bien prisonnière ......Mais comme la baie est splendide, j'en profite pour l'admirer. L'eau, avec le temps, a déraciné une bonne partie de la forêt qui devait se trouver là auparavant et a formé cet lac immense intérieur qui fait cette frontière naturelle avec la Bolivie. Je distingue des maisons sur la berge opposée. Je ne vois ni tigres ni guépards sensés habiter dans le coins en revanche le lac est occupé par des crocos (jacaré) qui deviennent habituels. Ciel couvert, pluie et éclairs pour embellir le tableau. Saint Antoine, Saint Antoine, vient nous aider à délivrer la liberté !!!!!

La nuit tombe et rien n'a bougé, seulement des filins qui cassent les uns après les autres. Le Cap' avait une voie triste durant la liaison radio : » Barbaridade, barbaridade!!! » Il laisse tomber pour ce soir on continuera demain. Le moteur s'arrête et toute la baie est soudainement plongée dans un calme incroyable. Je discute avec Luigi de littérature et nous évoquons London et Stevenson et nous revenons sur la rixe à laquelle nous avons assisté chacun de notre côté le soir de l'embarquement. La sienne se passait entre le chef mécano et le gros à casquette, la mienne entre le-maigre-qui-commence-à-avoir-des-cheveux-blancs et des hommes qui chargeaient le ciment. Ils échangeaient plus que des mots et il a fallu les séparer. Pas content du tout, le maigre est descendu dans le bateau pour pour en sortir avec un couteau planqué sous la chemise, je l'ai bien vu . Mais les autres étaient déjà loin. Il avait un coup dans le pif et un autre en plein dessus (hihihi!!!).

Nous nous réfugions dans notre cabine, c'est l'heure des milliards de bestioles qui vous attaquent; celles là ne piquent pas mais viennent se fourrer partout : dans le nez, les oreilles, les cheveux, la bouche. Durant le repas c'est dans l'assiette qu'elles venaient se vautrer; des bestioles vertes transparentes aux ailes si fines que la moindre goutte d'eau les paralyse.

Cinq heures du matin, le bruit du moteur nous réveille. Le ciel est dégagé et la vision de la lagune à l'aurore est apaisante. Le travail reprend vite. Les ponts sont littéralement recouverts des bestioles vertes d'hier soir; des maillards je vous disais bien. Le cuistot m'offre un café mais putaing, qu'est-ce qu'il met comme sucre le salaud !!!!

« Poca agua, muito poca agua !!! » se lamente le Cap', un mélange de turc-noiraud, super baraqué avec une imposante moustache. Le reste de l'équipage ? Il y cinq hommes plus le mécano et son aide, le plus jeune d'ailleurs mais la moyenne tourne autour des 45 ans? C'est une super équipe.

 

C'est un peu pour cela qu'ils ne s'en font pas trop. La baie de Gaiba, ils la connaissent bien mais c'est quand même la première fois qu'ils sont bloqués si longtemps; D'habitude, ça coince un peu mais ça passe; aujourd'hui ça coince sérieux. Le vent de la nuit a soulevé quelques vagues sur le lac et nous espérons quelles vont nous aider.

7.00, rien

8.00, rien

9.00, ça y est, la barge a récupéré son nom. Maintenant il ne reste plus qu'à trouver le passage pour rejoindre celle qu'on a laissé plus loin mais le plus dur est fait.

10.00, l'ensemble est reconstitué. Avant de repartir, on stoppe le moteur pour une petite opération; il a un peu souffert durant les 15 heures de sauvetage.

11.00; on repart pour de vrai, le lent défilement de la berge, le petit vent frais qui parcourt la coursive et qui rafraichit la cabine. Douceur. Vache, un énoooorrme croco!!! Luigi enregistre des histoires que lui raconte le Cap', le riz est entre les mains du cuistot; cela va bien mieux de ce côté là aussi.

11.30; Boum: Barranco (c'est le nom de l'autre barge) vient de heurter la berge; la courbe était serrée et l'attelage n'a pas pu la négocier entièrement; des filins ont encore cédé. Pire, le treuil est cassé . Réparation de fortune; on repart.

12.00 Reboum! Enfin plutôt Craccc! Cette fois c'est Liberdade qui vient de frotter et la végétation vient s'engouffrer avec force par toutes les ouvertures du bateau. Je suis dans la cabine et j'ai peur que les parois s'envolent en morceaux. Le bruit est terrifiant. Au bout d'un long moment, tout s'immobilise. Allons voir les dégâts : la partie arrière du pont supérieur est toute tordue, l'antenne radio a été arrachée et la balcon aussi. Ah ben quels dégâts !!!!!!! Un énorme tronc d'arbre s'est frayé un chemin à travers la tôle. Il faut le découper à la hache. Le bateau reprend sa marche la tronche un peu tordue.

La cause de tous ces incidents est enfin trouvée : hier, la démultiplication de la barre avait été modifiée pour manœuvrer dans la baie et bien sur, elle n'avait pas été re-changée pour le parcours fluvial. Elle ne répondait pas assez vite aux ordres du barreur. Voilà, tout va bien maintenant.

Arrêt à une fazenda : un colosse nous accueille. On lui livre un fût de fioul et une autre caisse. Je lui demande s'il n'aurait pas une « petite bière » . Non, mais de la bonne eau . Adjugée !

« Bela Vista do Norte ». Deux ans qu'il vit ici avec sa femme et ses enfants. La vie la plus proche est un camp militaire à 9km et il peut se passer un mois sans que personne ne passe. La vie ici est animalière; crocos, tigres et serpents. Ici les piranhas n'attaquent pas, plus bas oui.

Le voyage reprend son cours (d'eau). Singes et Capivaras nous observent. Je m'envoie de seaux d'eaux sur le corps pour tenter de me rafraichir. La nuit tombe. Luigi me dit avoir passé sa plus belle journée de navigation. Moi aussi. La chaleur est étouffante et il est difficile de dormir. Parfois un léger souffle d'air vient me caresser et je rêve qu'il m'emmène vers une source d'eau fraiche où je me glisse avec délice laissant les vaga-lumi m'éblouir de leur mille feux.

Ces vaga-lumi qui brillent le long du rio paraissent indiquer le chemin. Mais je me demande quand même comment fait l'homme de barre pour se repérer dans cette obscurité. Ce ne sont pas les deux malheureuses loupiotes de proue qui l'aident mais plutôt l'habitude, la connaissance parfaite de ce fleuve, compagnon de vie depuis plus de dix ans pour certains.

Bonjour dimanche. 5.00. Luigi me réveille sans mal. Le rio serpente toujours et il nous arrive de retourner au sud . Una fazenda, une lagune, des lianes qui se laissent tomber en cascade, des palmiers, des arbres immenses, une multitude d'oiseaux toujours mais peu d'animaux terrestres. La grande crue de 1974 a fait un carnage. Ne trouvant plus de terres où se réfugier, beaucoup sont morts noyés; des hommes aussi. Un bruit de sirène au loin. Une future rencontre? Des nids de cigognes, martins pêcheurs, bugios, d'autres capivaras, un bébé croco et ce fleuve qui tourne inlassablement dans tous les sens se jouant de nous. Journée douce malgré une chaleur écrasante. Je passe la plus grande partie du temps à la proue; un peu plus d'air. Arc-en-ciel, lumière splendide sur des champs fleuris. La journée se passe ainsi et la nuit.

A 4.30 un orage nous secoue. Luigi ferme en vitesse la fenêtre. Je me rendors et mon rêve sera envahi de camemberts, reblochons et autres fromages au milieu d'une expo de céramique??? Nous sommes arrêtés et j'ai tout juste le temps d'apercevoir la tête d'une femme qui s'engouffre dans une des barges.

Nous sommes lundi et déjà le cinquième jour de navigation. Arrêt et Luigi prends la barque et en profite pour aller photographier des oiseaux; nous sommes tout près d'un lieu de nidification. La barque est trop petite pour nous emmener tous. Merde!!!Pendant ce temps, poca-agua-muito-calor prends quelques piranhas de plus pour agrémenter le repas du jour, il y a déjà un dorado sur le pont qui doit bien faire 3 ou 4kg. La maman sort de la soute avec son bébé. Ah, voila les deux chasseurs photos qui reviennent et je viens aux nouvelles.

« Pas grand-chose, les parents sont à la recherche de nourriture, les petits sont assez laids

leur couleur n'est pas encore définie et le bec pas formé. » me dit Luigi.

« Quelle variété? »

« « Une sorte de cigogne : cabeça seca, mais après les histoires de serpents d'hier, je faisais bien attention où je mettais les pieds ».

9.00, nous repartons. Vite de nouveau bloqués. Deux hommes partent avec la barque en reconnaissance. Poca agua, poca agua. Araçatuba de Caceres nous double et nous indique un passage. Nous avançons doucement. Liberdade a du mal à passer ; 4m, 4.5, 5m... ça passe, ça y est c'est passé...Mais c'est de courte durée et à moins de 70km du but nous sommes de nouveau bloqués. Il va falloir passer la nuit ici. Je me marre avec le cuistot en lui montrant le peu de riz qu'il me reste.
« Encore un jour et je suis fait ».

« Il y a des macaronis en cas, vous aimez? ».

« Bien sur !!! ».

Du coup; il agrémente mon riz d'haricots noirs délicieux et d'une salade. Il est vraiment super ce cuistot. Nous nous connaissons mieux grâce au riz qu'il me cuit quotidiennement. Merci le riz !!! Mais le temps se fait un peu long maintenant; c'est pas que j'en ai marre mais comme Luigi me dit; nous avons quitté le Pantanal et cette partie du fleuve n'est plus si intéressante.

Mardi matin, toujours au même endroit. Quand ça te gonfle les couilles, pars en vadrouille. Facile à dire au mile de l'eau et c'est de l'eau avec des dents.....On n'est pas sorti de l'eau-berge car ce sont les trois qui sont bloquées maintenant. Y'a pas d'eau, y'a pas d'eau. Je tente le coup et je m'y mets; en effet, elle ne m'arrive pas à la ceinture mais la sensation du sable dans les pieds est agréable. Je ne traine pas pour ne pas servir d'amuse gueule aux poissons voraces.

10.00, les barges sont désensablées

Après le repas et le repos on s'y remet et ça bouge doucement, gentiment; personne n'en revient.

15.00 départ. Cette fois ci, le Cap vise parfaitement les balises et ça passe impec !!!! On croise un pêcheur et le Cap' lui achète des poissons pour festoyer tous ensemble avant de se quitter : des pacùs et un piracuru.

On passe une dernière nuit ici pour ne pas risquer de se faire bloquer plus loin. Il fait très chaud et le bateau à l'arrêt ne nous offrira plus la petite brise nocturne.

Y'a plus de riz, y'a plus de pain, y'a plus rien......Demain c'est fini; ouf, juste à temps!!!!!

Réveil aux chants des oiseaux, aux parfums des fleurs sauvages, aux bruits des animaux, sous la caresse de la brise matinale. Deux goélands s'en prennent à un Urubu; il s'enfuit vite de l'autre côté de la berge.

Au plouf régulier du bambou sondeur, l'attelage se faufile sur ce chemin invisible. Nous croisons Marinheiro Gustavo, le bateau que j'avais tenté de prendre à Porto Murtinho il y 15 jours. Il redescend de Caceres à vide. Tout le monde se salue à grands renforts de signes et de cris. Caceres, la croisière se termine; je paye le Cap' et file un bon pourliche au cuistot. J'ai hâte de descendre pour me dégourdir les jambes, boire un bon caldo, manger des fruits. Un grand merci à tout le monde pour ces moments inoubliables, merci au Scania et ses 340cv qui nous ont emmenés à bon port. Merci à Luigi, compagnon de cabine et de paroles. Caceres, la ville et ses terriens. Une nouvelle aventure commence.

 

un pirarucu
un pirarucu

un pirarucu

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires