Piero Soave 1
25
avr.
2007
!
Le 25 décembre 1956 Rober Walser, cet amoureux un peu fou de la balade solitaire, disparaissait à jamais. Son corps a été retrouvé sur un chemin forestier, étendu au-dessus de la neige de Noël.
Un demi-siècle après, le 30 décembre 2006, lors d'un matin ensoleillé de cet hiver paresseux, je suis sorti seul en raquettes pour fuir la foule d'une station d'hiver. Le bois d'épicéa sur les côtes de la montagne paraissait également un homme sur la cinquantaine avec une chevelure ébouriffée avec des mèches candides entremêlées aux branches et racines éparses sur le chemin. Le bruit de fond de la vallée était presque un sanglot suffoqué. Le sentier s'ouvrait devant moi pareil aux vagues d'une mer morte. Le bois cependant frémissait et sursautait à chaque son qui le percutait, à chaque trace qui le traversait, étranges signaux des dizaines d'être vivants cachés autour de moi. A fur et mesure que je progressais en altitude au milieu du parque national du Grand Paradis (qui a été crée en 1922), je m'apercevais davantage seul que d'habitude. Les arbres à côté de moi, tout étant figés sur une posture d'attente infinie, paraissaient bien plantés et parfaitement orientés. Ils m'invitaient donc à me détendre, à monter sans être pressé sur ce sentier, à chaque courbe de niveau si doux et mystérieux, à me laisser aller en faisant confiance à cette voie empruntée sans penser ni au débout ni à la fin. Une fois la forêt terminée, je me suis retrouvé sur une vaste plaine immaculée, domaine de la toundra alpine. Au-delà d'un alpage abandonné et enseveli, la vue s'étendait large jusqu'aux crêtes. Le soleil de midi, encore derrière les sommets, dessinait comme une frise opaque sur la marge inférieure du ciel bleuté. J'avais l'impression d'avoir plongé dans le monde qui était avant et qui sera après mon passage dans cette vie. Ma mère endormie à jamais flottait, finalement libre et inépuisable comme une force de la nature. Air, lumière, vent et obscurité. Je n'avais qu'à céder à cette plénitude sans craindre la solitude universelle, un puits bien plus profond de la flaque d'eau qui perçait mon âme. Enfin solitaire plus que jamais, mais également solidaire avec la nature rude et inconnue, pourtant suffisante à elle même.
Robert Walser, avec sa morte solitaire, ses ormes perdues entre la neige de Noël, a écrit le plus beau poème inachevé sur la communion de la nature avec l'homme, tel qui l'était au bout de son existence errante, autant discrète que la chute de la première couche de neige de cet hiver paresseux.
La Neige
(Der Schnee, p.103)
(Der Schnee, p.103)
La ville entière est cette nuit
une splendeur blanche de conte.
Doucement je suis sorti
dans la neige, la neige appliquée
pour à l’air libre
lancer des youpis à tue-tête.
Après tout j’invente ainsi des notes ;
pour ces hommes distingués dont je veux être
il ne convient pas de crier sa joie de vivre.
De cela se préoccupent les rustres
qui ne se plient pas aux douces prières.
Ainsi j’allais donc vraiment très
doucement à travers l’éclat absent de la lune,
car il neigeait. La neige n’est pas dure,
bien plutôt tendre, humide et molle ;
Les flocons qui tombent
sont caressants plus que secs.
C’est comme s’ils embrassaient
quelqu’un et comme s’ils le savaient,
comme si la première et douce neige savait
qu’elle ne fait pas mal aux petites joues
qu’elle effleure de son écume.
Si je ne me trompe,
mon étrange manière casanière m’a permit
d’attraper un beau tableau d’hiver
une splendeur blanche de conte.
Doucement je suis sorti
dans la neige, la neige appliquée
pour à l’air libre
lancer des youpis à tue-tête.
Après tout j’invente ainsi des notes ;
pour ces hommes distingués dont je veux être
il ne convient pas de crier sa joie de vivre.
De cela se préoccupent les rustres
qui ne se plient pas aux douces prières.
Ainsi j’allais donc vraiment très
doucement à travers l’éclat absent de la lune,
car il neigeait. La neige n’est pas dure,
bien plutôt tendre, humide et molle ;
Les flocons qui tombent
sont caressants plus que secs.
C’est comme s’ils embrassaient
quelqu’un et comme s’ils le savaient,
comme si la première et douce neige savait
qu’elle ne fait pas mal aux petites joues
qu’elle effleure de son écume.
Si je ne me trompe,
mon étrange manière casanière m’a permit
d’attraper un beau tableau d’hiver
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