VOYAGE A MOTO EN CRETE - AUTOMNE 1979
T’as pas envie d’aller en Crète avec moi ?
Pourquoi pas, avec le mono ?
Ben oui….allez c’est parti.
Les préparatifs consistent en grande partie à fabriquer des malles en bois pour la moto. C’est Marco qui s’en charge et ça tombe bien, il est menuisier. Elles feront souvent l’admiration des motards de passage. Finis les les sempiternels chargements-déchargement, tout est sous clefs.
Mais la pluie, la pluie, la pluie, cela fait maintenant une semaine que Racoules est noyée sous une pluie continuelle. C’est la chiotte de partir en vacances par ce temps mais on ne va tout de même pas attendre qu’elle s’arrête pour partir et ce mandat qui n’arrive toujours pas.
Vendredi, tout est réglé, sauf la pluie. Marcelle (la femme de Georges, les restaurateurs du village) m’avance de l’argent et en avant pour la Crète. Bof, pas très vite car la Corniche est plongée dans un épais brouillard qui nous empêche de dépasser les 30km/h. St Jean du Gard, Anduze, Nîmes et première halte chez Isabelle, la sœur de Marc.
LE MONO ET SON TOP CASE MAOUSSE............MANQUE LES DEUX VALISES..............
La moto se comporte très bien malgré son chargement imposant. Le lendemain départ à 8h00 : Aix, Nice, Italie, Genova, tout ça sous la drache. Ça y est, les Sidi prennent l’eau pourtant elles sont comaques. Nous sommes trempés. Dans une station service, nous achetons des gants de pompiste, des bottes en caoutchouc et on enfile des sacs poubelle pour se protéger et nous repartons affronter la tourmente. Livourne, on roule vers Rome, il pleut moins, un peu de répit.
Premier gros souci, en arrivant à Grossetto, je m’aperçois en faisant le plein que j’ai perdu le carnet dans lequel se trouvaient la carte grise et l’attestation d’assurance. Galère. On décide de refaire une partie de la route dans l’autre sens mais la nuit tombe. Il est minuit, Marco s’endort contre moi. On s’arrête dans un champs derrière une station d’essence où nous pourrons faire le plein demain au réveil. A peine couchés, nous nous écroulons de sommeil. 18 heures que nous roulons et presque 900km !!!!
Le lever de soleil nous réveille et les moustiques avec. Saloperie !!! Si j’avais su que l’une de ces piqûres tournerait si mal….je ne sais pas ce que j’aurais fait d’ailleurs. On s’habille en vitesse, casque et gants, en sueur mais protégés de leur agressivité ! Retour vers Livourne à 60 à l’heure pour tenter de retrouver ce carnet mais que dalle. En attendant que l’hôtel de Police ouvre, on se paye un bon petit-déj sur la grand’place. Pas mal Livourne. Les flics sont vraiment sympas et me font un papier nous permettant de rouler en Italie et en Grèce en attendant le retour en France.
C‘est parti, le gromono roule bien, consomme un peu d’huile et le temps est plus clément. A Ancona nous allons voir s’il n’a pas un bateau car de toute façon nous se serons pas à temps à Brindisi et c’est encore une belle trotte.
LIVOURNE
Le Mediterranean Sky lève l’ancre à 23h00 pour Patras. C’est là, sur le quai, que nous faisons la connaissance d’un français en R60/7 qui attend des amis en Bonnie 750 et autre R75/5. Je tends l’oreille, ils arrivent et nous commençons à discuter. Philippe et sa compagne Doumé sur la Triumph et Thierry dit « Le Yéti », un grand de 1,90m sur le flat. Ils sont tous bien gentils et nous adoptons la solution de prendre une cabine de 6 et cela nous revient à 2 plus la moto à 110.000L et en calculant les économies de benzine jusqu’à Brindisi et celles de Corfoue à Patras cela revient à peu près au même et sans se fatiguer. Impek ! En attendant le départ, on se tape une super pizza avec nos amis de rencontre et Conrad, un suisse qui part en Israël dans un kibboutz avec son 125 Twin Chopper. Il est aussi cool que sa moto (maintenant, si t’as pas au moins un 1200GS, tu peux pas voyager…ça me fait bien rigoler).
Nous embarquons dans notre promène couillons, les motos sont attachées et nous prenons possession de notre belle cabine avec douche et vue sur l’océan. On voit rien, il fait nuit ! On verra demain ça va durer 36 heures.
La maudite piqûre de moustique se transforme peu à peu en un hideux furoncle et pas un toubib à bord. Marco me confectionne un cataplasme de plantes de son choix. On verra bien.
Pa-ta-tras, nous voilà en Grèce. Premier arrêt dans un petit resto et nous prenons connaissance des coutumes locales : aller voir en cuisine ce que la patronne a mijoté. Salades, plats, haricots, vin et café.
Athènes, le bordel total, les klaxons, la vie qui grouille dans les rues, folie un peu étourdissante. Nous plantons la tente à Rafina, un petit port de pêche à 15km. Calme. Un bateau arrive et débarque sa pêche. C’est bien d’être là. Nuit fraîche.
RAFINA
Le lendemain, retour à Athènes. Marco veut visiter un musée mais fermé. Direction le Pirée pour notre bateau vers Héraklion, départ à 19h00, sur le pont cette fois. La main enfle...je déguste.
Nous accostons de bonne heure. Le marché ouvre ses étals où on achète quelques bricoles et des vêtements adaptés à la température locale. Douce. On commence vraiment à se sentir loin, les crétois avec leur culotte de cheval et leurs bottes noires et les vieilles femmes toutes de noir vêtues.
HERAKLION
Nous trouvons un hôtel qui accepte de garder en consigne nos vêtements de voyage mais nous faisons la connerie de tout mettre ensemble ce qui nous obligera de traverser toute l’île quand Phil et Doumé décideront de partir avant nous. Tout ça pour des économies de bout de chandelle.
Le porte-bagages donne des signes de faiblesse sous le poids des valises de Marco. Je dois faire quelque chose sinon ça va casser, c’est sur. Je trouve un concessionnaire Yam qui me dit qu’il n’a pas le temps mais qui me laisse bricoler dans son atelier et me donne des fers plats idoines. J’ai même droit au café. Je dois insister pour payer. Un pourboire au mécano et tout est réglé.
Petit dèj sur une plage full of english and allemands. Mer délicieuse et chaleur. Nous longeons la cote nord sur la National Road crétoise. A chaque arrêt, des gamins se ruent sur les motos et leurs compteurs . C’est toujours la Bonnie qui gagne, c’est marqué 240km/h…même si c’est pas vrai.
La soir tombe doucement, la route est merveilleuse, montagnes nues entrecoupées de canyons profonds. Je me sens bien et je fredonne dans ma tête « Y’a une route » de Manset. Il est bien là avec moi. Arrivée à Ierapetra et nous cherchons à tâtons une place pour mettre les tentes. Après s’être plusieurs fois égarés, dont la dernière dans le champs d’une dame, elle nous indique le chemin d’un petite plage. Adjugé. Un grand feux et tout le monde au lit.
IERAPETRA
Au réveil, j’ai vraiment trop mal et je ne peux même plus actionner le levier d’embrayage. Retour à l’hosto de Héraklion. Deux toubibs inspectent, anesthésie locale à l’azote liquide. Au début ça va mais quand ils se mettent à charcuter profond ça fait trop mal et je dois presque me battre pour qu’ils arrêtent. Halte là camarade !!!Ouf !! Un pansement, une piqûre antitétanique, une ordonnance et basta cosi.
Arrêt sur une plage où on loue un bungalow pour la nuit. Nous décidons de rester un jour de plus pour me reposer et laisser la main désenfler. Marco en profite pour pêcher son premier octopus au grand plaisir de certains et l’horreur des autres.
Nous reprenons nos fidèles montures pour une autre route sinueuse et montagneuse, un vrai régal pour atteindre Sitia et c’est au comptoir d’une taverne remplie de musique et de gens très décontractés, routards et autres voyageurs dont deux canadiens et un scottish, que l'on apprend qu’à quelques km de là se trouve Vaï, une plage et une palmeraie magnifique................
SITIA
.................et le lendemain, pom, pom, pom...vaille que vaille, nous découvrons ce petit paradis : une grande crique avec une mer chaude et limpide, du sable fin, des palmiers, quelques tentes, une source d’eau douce pour y boire et se laver. Le pied !!! Repos !!! Un nid accueillant pour des voyageurs fatigués et un peu sales que nous sommes !!!! PAUSE !!!
Nous y restons quelques jours : des rencontres, des chants, des folies douces, des longues promenades à pied dans un paysage désertique.
VAÏ
Bonne ambiance dans le groupe. Nous rencontrons Ermanno et Laura, deux italiens de Venise vraiment sympas. Les journées se passent à flâner sur la plage, et préparer les repas. Quand quelqu’un va à Sitia, il fait les courses pour tout le monde. Le matin nous sommes réveillés par le troupeau de chèvres qui vient passer la journée derrière la plage. Elles passent vers 6h00 et cela nous permet de profiter pleinement de la journée car le soleil se couche tôt, vers18h00. Marco pèche un octopus par jour et il y beaucoup de monde le soir pour goûter à la proie du fisherman. Randolf, un allemand, arrive avec sa 750 Laverda. Un nouveau dans le groupe. Pour fêter ça , il nous propose de fumer avec lui et à part Doumé qui fait la gueule et va bouder au bout de la plage, tout le monde acquiesce et c’est bien sympa de se retrouver autour d’un feu sur la plage le soir. Cela vient au bon moment.
Thierry, Doumé et Philippe décident de continuer vers le sud-ouest. Marco et moi, nous restons encore à VaÏ, nous y sommes bien et pourquoi partir si vite ? Pour avaler le plus de km possibles et de pouvoir dire : On a fait TOUTE la Crète ! Bof, ça ne nous démange pas. Nous les accompagnons jusqu’à Palaikastro et retour à Vaï.
Il fait de plus en plus beau et le soir Randolf sort sa pipe pour ce qui va devenir un rituel. L’atmosphère se détend beaucoup depuis que nous sommes seuls avec Marco. Avec les autres c’était différent, nous avons partagé beaucoup de choses, envie de faire tout ensemble durant ces quelques jours, c’était bien et c’est fini comme c’est venu. Magique.
Rencontre avec deux babas sur la plage qui vendent des bijoux confectionnes par eux. Sourires. J’achète une paire de boucles d’oreille pour Marie. On parle et ils nous invitent à passer chez eux. En attendant, je confectionne une tente à l’aide du poncho de Marco. Ermanno me prête en ciré assez grand et à l’aide de trucs trouvés sur la plage, notre home se construit. Dehors, la nuit est fraîche.
Le lendemain, nous rendons visite au couple rencontré sur la plage. Oran et Nicole, Israéliens. Une piste qui aboutit dans une magnifique crique au bord de la mer. Leur maison est là, toute petite avec la porte et la fenêtre peintes en bleu. Welcome, sourires, de l’eau chauffe pour le thé et nous échangeons longuement : Castaneda, Bible, Hi-King… beau programme. Le soir, tout le monde se retrouve chez eux, à trois sur la Yam et deux sur la Laverda. Nous préparons une grande soupe sur le feu. Randolf fait une pipe et je crois que j’ai trop appelé Shiva, la terre, le ciel et boum la claque et je m’écroule. Après un petit somme, je retrouve tout le monde pour la soupe. Oran lit la bible et Nicole nous dit qu’en ce moment pour le Coran, je crois, le nom de la lune est Bull (en fait c’est Al Qamar). Mais il y a trop de nuages pour pouvoir l’observer. Nous rentrons à Vaï.
Le temps se dégrade et nous décidons de lever l’ancre demain. Hier soir, longue discussion avec Randolf, Laura et Marco sur l’anarchie et les Brigades rouges. Elle accepterait plutôt cette forme de violence alors que Randolf et moi sommes bien d’accord pour la bannir. Elle parle de plus tard, de son voyage à Paris, de son désir de vivre en montagne en autarcie. Difficile mais bien d’y songer. Même que je trouve Laura de plus en plus jolie et c’est le première fois que j’ai de si bon contacts et de bonnes vibrations avec des italiens. La plupart des gens que l’on va rencontrer lors de ce voyage seront vraiment extras.
Petite modif du support de porte-bagages qui vient toucher l’écrou de fixation de l’amortisseur et nous sommes prêts à repartir. C’est la fête à Vaï ce soir. Tout le monde a acheté de quoi manger et boire autour d’un grand feu. Je parle avec Carlos, un espagnol du Leon. Ça se termine tard.
Palaikastro
Le matin, Marcos a du mal à se lever, comme tous les matins d’ailleurs. Laura et Ermanno s’en vont les premiers en stop jusqu’à Matala notre next destination également. Nous passons dire au revoir à Oran et Nicole mais un vieil homme qui cultive un jardin à coté de leur maison nous dit qu’ils sont partis à Palaikastro. Nous les retrouvons sur la route. Oran veut faire une grande fête sur le Sinaï avec Dylan, le Dead et Pink Floyd et inviter tous ses amis. Un beau délire !!!!!!
A la sortie de Palaikastro, nous retrouvons Ermanno et Laura. Deux heures qu’il poirotent, les pauvres.
Pour nous, arrêt benzina et ravitaillement. Marco achète un bracelet pour Françoise. Il est vraiment beau et je ne peux pas résister. Un pour moi avec deux têtes de béliers.
Très belle route en Sitia et Ierapetra ; montagnes, nuages et ciel bleu, à croire qu’il n’y avait qu’à Vaï qu’il faisait moche. C’était vraiment le moment de partir. Nous rejoignons la cote sud à Myrtos. A Uno Vianos, le docteur n’est pas là. Il m’avait ausculté la semaine dernière et un peu effaré par la forme de ma main, il m’avait conseillé d’aller à l’hôpital de Heraklion. On lui avait offert l’octopus péché par Marco. Il ne parlait qu’allemand et dommage que Randolf n’était pas avec nous à ce moment. Après Vianos, la route devient piste jusqu’à Pirgos. Je rêve d’une grande bourre en 500XT même si le gromono se conduit avec beaucoup de facilité. Fantastique !! La route traverse des villages perdus et les enfants crient à notre passage. Leurs sourires sont merveilleux.
Mires et nous arrivons à Matala en fin de journée.
MYRTOS - UNO VIANOS ET PIRGOS
C’est la fête partout en Grèce ce soir et demain, la fête de la fin de la guerre : drapeaux aux fenêtres dans toutes les maisons et les gens se sont bien habillés : pantalons bouffants, bottes cavalières, vestes, chemises, cravates… fières et fiers d’être grecs !
Matala, que des freaks, que des freaks ! Nous nous installons à la terrasse d’un restaurant pour manger. Longtemps que cela ne nous était pas arrivé. Je rencontre un français et je lui demande où on peut dormir ?
« Dans les grottes ou dans la mienne si vous n’avez pas peur de l’aigle, un petit de deux mois »
« Ok, à tout à l’heure »
Ermanno et Laura arrivent en taxi. Ils n’ont pas trouvé d’autre solution. Nous sommes nazes et je voudrais bien que le french boy qui tchatche beaucoup nous conduise à sa grotte. Pour patienter, Randolf propose une petite pipe sur la plage. C’est trop long, on va se coucher un peu plus loin sous les arbres. Marco, Randolf et moi dans la tente de Randolf et Ermanno et Laura dans la leur.
La nuit est tourmentée surtout à cause d’un type qui hurle durant un long moment : « Catherine….Catherine !!!! » et à chaque fois qu’il crie, les chiens se mettent à hurler !!!! et il y en a même un qui décide de se coucher à coté de nous. Ah ça, pour un bon gardien ce fut un bon gardien. Il aboyait au moindre bruit. Quelle nuit !!!!
MATALA
Au réveil, grosse déception, la plage est cradoque et y’a trop de monde. Je vais faire un tour dans les grottes, petites maisons taillées dans la roche. Certains y vivent toute l’année car le temps est très doux ici et même en hiver on peut se baigner. Tout à coup je vois l’aiglon, il paraît d’abord surpris puis il se calme. Je l’observe, les yeux, la tête, il est vraiment beau et dégage de la puissance et de la force. Il reste tranquille sur sa boite en carton et surveille tout ce qui se passe. Si je tente de l’approcher de trop près, il pousse un cri perçant. Je n’insiste pas.
On décide de s’en aller. De l’autre coté de la barre rocheuse il y a un autre village bien plus tranquille : Kamilari. On peut y aller à pied mais avec les motos il faut faire un grand détour. Ermanno part à pied. 7 km de route pour Kamilari et 3km de piste pour atteindre la plage de Kalamaki….10 km de sable pour nous seuls ou presque. Ouf !!!
Village de vacances abandonné, touristes repartis dans leur routine quotidienne, tout est vide ici, fermé, et le sable emporté par le vent commence à recouvrir les maisons, condamner les portes. Nous nous installons sous une tonnelle.
KALAMAKI BEACH
Il fait très chaud et je vais me mettre nu sur la plage avec le livre de Kersauson : Fortune de mer et à chaque fois que j’ouvre ce livre, c’est la même chose, mes oreilles se ferment au monde extérieur et pendant le temps où je suis avec Kriter sur l’océan indien, je navigue avec ces hommes, leurs joies et leurs peines. Je suis loin de tout avec Kersauson et son bateau et à chaque fois le retour à la réalité est aussi brusque. Nous sommes face à l’ouest et c’est le premier coucher de soleil de nos vacances.
Y’a t-il des gens sur cette plage qui veulent partager nos octopus? car Randolf et Ermanno en ont attrapé chacun un. Marco a des concurrents. Oui, deux allemandes mignonnes, Tina et Roya qui se joignent à nous avec du vin et des gâteaux et nous resterons à regarder un beau lever de lune qui donne le peu de lumière dont nous avons besoin. Nous parlons de nos rencontres faites de mouvements et pas seulement de paroles ou d’autres choses factices. Nous nous observons dans le mouvement.
Réveil, un peu nuageux mais les espérances vont vers le beau temps. Il nous a entendu et le soleil va réchauffer nos corps nus encore une fois. Petit-déj et baignade. L’eau est merveilleusement douce et calme. Je plonge et j’essaye de nager à la dauphin sans remuer les bras, juste une ondulation des deux jambes ensemble. Super ! Randolf prend un nouvel octopus, Tina et Roya se baignent et nous nous rejoignons. Tina a vraiment un corps merveilleux et je ne me lasse pas de l’admirer. Divine sirène. J’aimerais bien faire l’amour avec elle.
Nous allons faire nos courses chez une dame de Kamilari, l’occasion de marcher dans la campagne et de passer par des villages aux noms charmants : Kalepaki, Pitsidia. Elle a tout ce qu’il faut pour confectionner notre salade grecque quotidienne et les yaourts dont nous raffolons.
Je suis loin de tout et en même temps de tout ce que j’aime. Marco est un être différent. J’aime la beauté, la pureté, l’amour sans entrave, libre comme je veux l’être tout le temps.
Des petits groupes de gens se forment, s’unissent pour un temps, inconnus d’un peu avant, méconnus pour longtemps. Unions irréelles dans un temps irréel, nous nageons dans une atmosphère floue, regards croisés. Que veulent-ils dire exactement ? J’aimerais plus de spontanéité. Pourquoi devoir cacher ses sentiments ? L’une chante, l’autre pas.
On s’est installé un super garde manger en suspension dans un arbre, j’en suis très fier, comme ça les fourmis ne peuvent plus envahir nos provisions Roya et Tina parlent sous l’arbre. Je m’approche doucement de Roya. Elle est persane. La Perse !! Magique !!! Le grand feu de Marco vient éclairer cette soirée de la douceur de la vie d’une lumière immense. Il faut s’en éloigner sinon il nous brûle. Il y a beaucoup de vent et le sable single mon corps mais il est chaud. Je m’endors dans la banette de Kriter. Dehors, le vent souffle fort et des rafales viennent secouer le bateau.
Je prends mon quart vers 6h30. Le ciel est un peu nuageux mais nous savons bien qu’il va vite se dégager et laisser le soleil nous cuire. Le feu est encore brûlant et je remets un peu de bois emporté par le vent de la nuit et la flamme renaît. Le bateau avance bien, bon vent de SE, mer calme, navigation idéale.
Très vite le soleil chauffe et je vais plonger dans l’eau accueillante. Délicieuse sensation de légèreté, mon corps est libre. Je flotte. Le vent fait voler les embruns aux crêtes des vagues. Tout et beau.
Marco prend un grand poulpe. Le ciel devient gris et les rouleaux apparaissent. Nous courrons sur la plage et l’eau vient nous frapper avec force. Des cris jaillissent, les voix des hommes et des femmes heureux d’affronter cet élément si puissant.La nuit tombe, j’ai un peu froid, le dernier rouleau a été grandiose. Tina et Roya s’en vont demain et autour du feu, le bongokasserol chante une mélodie plaintive et répétitive. Le vent se lève comme tous les soirs mais cette nuit il sera d’une violence plus grave. La tente est secouée par les rafales. Je ne dors pas bien, inquiet parfois.
Le bateau tape dans les vagues et le barreur fait de son mieux. Deux ris dans la grand voile et foc n°3. Le bateau avance quand même à 6 nœuds.
Let me see your face again
perhaps it will be for the last time
may i have a kiss on your mouth
perhaps it will be for a month
without a kiss
Le départ de Tina et Roya est triste, elles ont perdu 100 marks dans le sable et tout le monde est persuadé qu’ils ont été emportés par le vent. Tina, tu t’en vas, et je n’avais cesse de t’admirer durant ces quelques jours passés ensemble. Rien pu te dire comme d’habitude par peur de ce quelque chose qui fait que l’homme ne comprend pas bien celle qui est en face de lui. Je n’aurais comme souvenir de toi qu’un corps nu plongeant dans l’eau avec grâce et sensualité. Nous partons visiter Phaistos avec Randolf, Laura et Ermanno : Le palais de cette ville s'étend sur presque 8 300 m2, il est le deuxième plus grand de l'île après celui de Cnossos. C'est l'un des sites les plus importants de la civilisation minoenne. Deux ports dépendaient de la cité, Matala et Kommos. Touristes déversés par flots des cars roses bombons ; bruyants, consommant, énervants. Splendides poteries surtout, sinon des pierres et un lieu qui replonge dans le passé.
Retour à notre paradis. Un suédois erre à la recherche d’eau, nous l’invitons à partager les poulpes quotidiens.
La tempête redouble de violence. Nous ne sommes pas le seul bateau a avoir chercher refuge dans la baie mais dans la nuit, l’acre dérape et nous sommes obligés de recommencer un nouvel ancrage, deux CQR de 15 et 25kg devraient suffire. Le bateau est secoué dans tous les sens et Randolf a du mal à dormir et plusieurs fois dans la nuit, nos regards à demi réveillés vont se croiser avec compréhension.
Le soleil nous réveille et un ciel bleu nous fournit un peu d’espoir quant à l’évolution météorologique. Le vent est bien plus frais qu’hier et évoluer nu sur sur le pont est moins agréable. Les yeux de Randolf sont attirés par un bout de papier dans le sable à l’endroit où la tente était amarrée dans la nuit. Sa position bout au vent faisait gonfler le toit comme un énorme foc ballon et faisait péter les haubans les uns après les autres. Et bien ce bout de papier, ce sont les 100 marks. Incroyable qu’après deux nuits de tempête, ce petit bout de papier ait résisté à tous les vents. Mais qu’en faire ???
« Je ne vais tout de même pas le jeter au vent » me dit Randolf. Nous tâcherons d’en faire bon usage.
Ermanno décide de partir m’annonce Randolf comme ça. La situation s’est dégradée depuis quelques jours et il ne supporte plus l’attitude déconcertante de Laura qui se rapproche doucement de Marco. Il veut continuer seul, décider seul et je le comprends très bien. Difficile de contenir sa douleur, sa peine, son désaccord plus longtemps, un jour tout doit éclater.
Rencontre avec trois mecs qui vivaient à coté de nous mais avec qui nous n’avions pas vraiment de contact. Le matin de la tempête, les discussions vont bon train, les rires fusent des tentes et les anecdotes retracent les aventures. Voila, le contact est établi et ils s’avèrent vraiment sympas ? Peut-être une nouvelle relation depuis qu’Ermanno nous a quitté ? Il y avait un certain équilibre dans notre petite société, équilibre rompu alors nous cherchons d’autres affinités. Jean-Pierre, Michael et Stéphan de de Winthertur...la Suisse. Il doit faire froid là-bas comme partout ailleurs dans le nord. Merci la Grèce, merci la Crète. Super soupe collective. Laura et Marco peuvent s’aimer sans contrainte. Elle lui parle en italien sans arrêt. Ils sont drôles.
Le lendemain, nous partons à Héraklion pour retrouver nos français à moto et nos affaires laissées à la consigne...65km et un col à plus de 1000m. On a le temps de visiter le musée archéologique et ses merveilles comme ces sceaux taillés dans des pierres précieuses ou dans de l’os. On pense que ces artistes se sont servis de cristal de roche comme une loupe pour graver aussi finement et avec une telle précision de si petits motifs mais avec quels instruments ? Mystère.
Sculptures extraordinaires dans la pierre, les vases, les sarcophages et puis les fresques comme celle des dauphins qui peut témoigner d’une certaine sérénité de ce peuple minoen bien en accord avec les éléments naturels les entourant comme la mer et la nature en général. Peuple sympathique en apparence mais quelles conditions de vie des autres gens, les paysans, les esclaves ?
Nous allons au port voir si la bande est arrivée et nous retrouvons des connaissances de Vaï.
Hola Carlos, que tal hombre ? Muy bien…nous tentons de lui traduire « l’invitation au voyage » de Baudelaire. Pas facile mais on y arrive quand même. Je n’ai jamais eu autant de plaisir à faire une traduction en espagnol loin des pensums que les profs nous infligeaient.
Il est 19h00 et le bateau va bientôt partir. Pas de nouvelles des autres. Ont-ils pris un bateau plutôt ? Dommage car nous avons le ticket de la consigne. Ont-ils pu se démerder sans ? (Nous les retrouverons lors de notre retour à Athènes quelques jours plus tard, un peu fâchés de cette déconvenue mais d’accord tout de même de n’avoir pas respecté le jour de rendez vous. Nous roulerons ensemble sur le chemin du retour mais c’est une autre histoire).
Retour dans la nuit et dans le froid par le col…on arrive à 22h00 totalement crevés et dodo direct.
Il fait chaud à Kalamatchi. Courses chez la dame qui nous propose encore ses gâteaux et ses pâtes de fruits. Baignade et taille de la barbe par Stéphan. Discussion autour de Castaneda qui d’après lui qui a été en Californie et rencontré des anthropologues, Castaneda aurait tout écrit depuis son bureau ce qui serait dommage mais qui ne change rien au message qu’il lance sur cette conception nouvelle de la vie et cet esprit ‘Guerrier’. Stephan a 31 ans et baroude depuis 11 ans ? Un peu fou peut-être ???
Autour du feu de bois, la « Comedia dell’arte » bat son plein, le vin coule dans les hommes et les rend plus ouverts.
Le temps se gâte de nouveau et pas d’octopus. La mer est trop trouble pour pêcher. Gros départ collectif ce matin, Ermanno, Stefan, J.Pierre et Michi. De notre coté, nous hésitons et bien sur au moment de partir, il pleut à torrent ? Et nos démontons la tente de Randolf en catastrophe et cela va durer jusqu’au lendemain. Vent, tempête, orange, éclairs tout pour une terrible nuit. Les vagues déferlent à plus de 50m de la plage et viennent se fracasser en immenses geysers. Spectacle toujours hallucinant d’une force indomptée. Il semble que l’hiver est bien arrivé et nous profitons d’une brève accalmie pour faire les bagages et filer jusqu’aux motos et c’est une très drôle expédition de voir Marco et son gros baluchon, Laura avec son sac à dos et l’intégral sur la tête qui ressemble plus à une cosmonaute perdue dans la Mer des Tranquillités qu’à une rasta à Komobeach. Nous trouvons une maison vide sur la plage de Kalamaki. C’est spacieux et plus confortable après la tente, deux chambres et une table. Randolf se prend pour Robinson et appelle Marco Vendredi qui ne comprend pas. Funny tout ces moments.
Dernières courses pour les derniers jours pour tout le camp. Rencontre avec le peintre allemand installé dans le village. Marco est intéressé de voir ses toiles. Bof...et je trouve ce type de plus en plus prétentieux et con :
« J’ai horreur des freaks, ils puent à plus de de mètres et j’ai horreur des chiens et des chats. Ils sont plein de maladies, surtout ne les touchez pas, dieu sait ce qu’il peut vous arriver ! »
il déteste aussi Castaneda, tout cela dit sur un ton précieux d’artiste de mes deux qui reçoit du fric de sa mère et de son oncle en attendant l’exposition miracle en Europe. On se casse.
Nous allons quitter la Crète vendredi soir pour prendre le bateau dimanche pour Ancona. Nous comptons passer à Venise pour déposer Laura mais l’accueil italien sous la neige nous fera opter pour Bologne… le retour glacé sera un beau calvaire pour nous tous sur les motos.
PS : pas de photos....personne n'avait d'appareil et je ne sais pas qui m'a envoyé la photo où je suis sur la plage. aujourd’hui, nous aurions été submergés de photos prises par les smartefones. les photos des lieux ont été récoltées sur le net. Je suis toujours en contact avec Marco qui est devenu bijoutier à Florac. il vit avec Mylène (mi-coton) qui tient une petite boutique dans la ville. je l'ai retrouvé lors d'une rando en Cévennes et Randolf était venu nous rendre visite à Racoules avec sa Laverda...super pote............
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