Reconfinement Saison 2 – Semaine 3
Dredi :
Le matin je me connecte et je m’informe de l’évolution du Vendée Globe. Cette course me passionne. Les concurent.e.s viennent de passer par une petite dépression, des vents de 55 nœuds tout de même, mais pas trop longtemps, et une plus grosse, Théta, les attend au tournant.
Voila ce que dit Clarisse Cremer :
« Hello,
Vous me conjuguerez "Faire le dos rond" à toutes les personnes :
Je fais le dos rond
Tu fais le dos rond
Il/elle fait le dos rond...
Bref vous aurez compris, j'ai peur, que dis-je, je flippe grave, à l'approche de la dépression qui approche et je réfléchis donc depuis quelques temps à la stratégie à adopter.
Je n'ai pas encore connu d'avarie sévère mais j'ai eu mon lot de petites merdouilles bien agaçantes et parfois énergivores (tout du moins en stress provoqué pour la bizuth que je suis) et je sens bien que chaque gros coup de vent hypothèque un peu plus la santé du bateau.
A l'heure où j'écris c'est mon hydrogénérateur bâbord qui s'est fait arracher de son support il y a 2h, rien de très grave puisque j'en ai un deuxième et que j'ai une belle réserve de gasoil, mais une fois de plus, c'était un petit coup de stress et surtout cette fois-ci la, fin d'une jolie lignée de siestes bienfaisantes qui ne faisait que commencer. Je souhaiterais ménager ma monture (et mes nerfs) et je cherche tout à la fois à ralentir un peu et à faire de l'ouest (souvent on fait l'un ou l'autre, je me lance dans les deux ambitions).
Je suis prête à aller visiter l'Atlantique un peu plus longtemps pourvu que Théta me laisse tranquille...
Ça fait tout drôle quand on a l'esprit de compétition de faire un bord un peu à l'envers de la piste comme je suis en train de le faire, de mettre la course de côté, je n'arrête pas d'être tentée d'empanner depuis un bout de temps maintenant, écrire me fait donc gagner quelques
minutes vers l'ouest ! De toute façon je n'arrive plus à dormir, mon hydrogénérateur m'a fait monter le palpitant.
Amis routeurs et météorologues chevronnés,
vous pourrez lire entre les lignes de ce message
qu'il faut être indulgent sur l'analyse de ma trajectoire,
j'ai mis sur le haut du panier une carte mystère :
"ne pas se faire défoncer"
La bise et bonne nuit ! Clarisse.
Alex Thomson a pris la tête de la course.
Fini le livre de Mario Rigoni Stern : Sentiers sous la neige. Série de nouvelles. Belle rencontre. Maintenant, et toujours sur les conseils avisés (toujours) de ma bibliothécaire, je commence un polar de Joe R. Lansdale. Les marécages, sud Texas dans les années 30. Une série de meurtres sur des femmes noires qui n’émeuvent pas la communauté blanche et raciste de l’époque mais quand c’est une blanche qu’on découvre, les choses vont changer. Très belle écriture qui dépeint une époque révolue (on dirait pas) avec les ombres du KKK qui rodent dont l’auteur se fout de leurs gueules quand il fait dire par l’intermédiaire du personnage principal :
« Il ne vaut pas un pet de lapin ton déguisement, Ben Groon, je reconnaîtrais ta voix n’importe où ».
J’adore…...
Samdi
Ben oui, ça me dit bien mais j'peux point
Ce connard de Trump continue de nier sa défaite. C’est le plus connard de tous les présidents élus aux States et il représente bien les 74 millions de connards et connasses qui ont voté pour lui et en attendant, les gens meurent du Covid là-bas.
Au Brésil, les élections municipales de dimanche pourraient peut-être mettre une claque à l’autre naze de Bolsonaro qui semble perdu face à la chute de son mentor et quand on sait que l’Erdogan est aussi en perte de vitesse dans son pays…..on se prend à espérer………………..
Charlotte et son pote Springbok ont débarqué à la maison. Elle vient d’un port et d’une île fouettée par les vents (oh oui j’aime ça) mais elle a du séjourner un peu longtemps dans une cabane pas très aérée, c’est malin par les temps qui courent, car elle sent la fumée et pas qu’un peu. Son île s’appelle Islay et j’ai même un plot à mon nom dans le coin. Faudra que j’aille y faire un tour une fois. Depuis le temps que j'le dis….c’est pas la porte à coté mais comme on dit, « quand on aime on ne compte pas ».
j’aime bien l’idée qu‘ils me fournissent ‘une ancre, des bottes et un ciré’ pour affronter le climat local. Ça rassure.
Son pote vient d’en face, une autre île enfin pas vraiment, la presqu’île de Kyntire. Tout ça se passe en Écosse vous l’aurez bien deviné mais là j’ai pas de terrain à mon nom.
Pour en savoir plus sur le climat qu’il règne dans ces contrées lointaines et parfois hostiles, vous pouvez lire le merveilleux récit qu’en a fait Nicolas Bouvier dans son livre : « Journal d’Anar et d’autres lieux » - Fayot – 1990
faut quand même que je vous les présente ces deux compères :
A vot’ santé !!!!!!!!!!!!!!!!!
Je signale tout de même à celles et ceux qui auraient l’outrecuidance de vouloir s’introduire subrepticement chez moi que le lieu est gardé par trois codes secrets et que si vous ne les connaissez pas, un herse s’abat sur vous avant d’être engloutis dans des douves où des silures féroces vous attendent en salivant. Konslediz !!!!!!!!!!!!!!!!!
Dimanche :
Temps maussade, ciel gris et crachin…les navigateurs et triques sont sortis de la dépression. Calme et soleil, juste ce qu’il faut pour enlever cirés et fringues trempés, se faire une bonne bouffe et dormir. Le pilote automatique fait le job, presque une semaine pour y avoir droit. C’est vraiment un sport de combat.
Lundi :
Grand bleu dehors ce matin…ça donne envie…...reste tranquille…
Rêvé de D. Comme t’avait un truc organisé dans le coin, forcément elle y était avec ses potes. Comme il ne se passe grand-chose dans le pays, faut pas rater les occasions. Pas vu qui il y avait à sa table. Je suis venu avec une bécane trafiquée mais je ne sais pas quoi exactement. Posée sur un mur, une GS se reposait.
Mardi :
Marché, boula, Amal…………….la petite routine du jour mais à vélo c’est bien et en plus il fait beau. Toujours pas allumé le chauffage.
Charlotte et Springbok ont du blablater sur les réseaux sociaux ou je ne sais où mais je me retrouve avec une demande d’hébergement de nouveaux migrants : Cragganmore et Ben Romach.
Comme je suis très gentil, je ne peux pas refuser. Dès qu’ils arrivent je vous envoie leur photo. Ils sont encore en transit quelque part dans une zone ou bloqués en douane.
Je suis sorti des marécages et je retrouve les montagnes de Venitie avec un nouveau livre de Rigoni Stern : Histoire de Tönle (Verdier 2002), fromage et polenta à la fin du 19°, vie d’un contrebandier entre les frontières austro-hongroises et l’Italie. Passionnant !
Credi :
Petite séance d’introspection chez mon ami J. mais je n’ai pas grand-chose à lui dire en particulier sinon que ça va bien. C’est déjà ça.
Je reçois mon nouveau matelas, fait en France, avec des matériaux français, s’il vous plaît et c’est pour cela que je n’ai pas choisi un modèle latex, même s’il m’aurait fait penser à un personnage bien connu dans ce même matériau, je veux parler de Gaston.
Pas de latex car, quand on regarde les conditions de travail des ouvriers chargés de récolter la substance des arbres, on s’aperçoit vite qu’elles ressemblent plus au moyen-âge qu’à autre chose et je vous ne parle pas des salaires. Sans parler de l’impact carbone du transport. Alors des ressorts ensachés français, du lin français, de la laine française….c’est déjà ça de gagné pour la planète et les emplois nationaux. Vive la France !!!!!!!!!!!!!!!!! et son savoir faire !!!!!!!!!!!!!!!
Ce soir je vais inaugurer mon nouveau lit, tout seul mais bon, tant pis pour celle qui n’aura pas partagé ce plaisir.
Ouais, mais mon skipper de la Compagnie du Plumard est quand même bon dernier…. I fait quoi ??? I pionce le gars ???
Mes amis de TLZ, V. Et P, ont eux aussi changé de plumard et on se donne des nouvelles……
A part ça ???? Ben tout roule bien….Rencontré L., une amie du coin qui me dit qu’elle est de nouveau seule…..alalalala….ça faisait longtemps qu’on n’avait pas parlé…..suffit d’un parking et du hasard..comme quoi..faut pas grand-chose.
Jeudi :
Il paraît que le vent va se lever et que les températures vont dégringoler….tous aux abris.
Sur la mer, les voileux ont commencé à passer l’équateur et rentrent dans l’Atlantique sud….ce qui est vraiment incroyable en les suivant, c’est de s’apercevoir de leur entière LIBERTÉ de mouvement, au moins il y en a qui n’ont pas besoin d’attestation pour se déplacer. Alors qu’ils se dirigent vers le cap de Bonne Espérance (pour rappel c’est tout en bas de l’Afrique) et bien ils foncent vers……………...le Brésil….
Ah ben c’est pas par là l’Afrique…..ça dépend….si y’a du vent….justement, comme la terre est ronde, à part quelques ringards décérébrés qui voudraient nous faire croire le contraire comme ça se passe dans ce pays au bord de la crise….dans la partie du bas de notre belle planète, les vents tournent à l’envers, vous voyez ??? Au nord, les alizés suivent les cotes européennes et africaines dans le sens des aiguilles d’une montre et à partir de l’équateur, c’est donc le contraire et si vous continuez à suivre les cotes africaines, vous vous prenez les vents en pleine poire de face et c’est pas du tout confortable si vous voyez ce que je veux dire. Entre temps, ils auront traversé le Pot au Noir et c’est un endroit un peu redouté car c’est là que les vents contraires se rencontrent et c’est vraiment le bordel avec une météo de merde. Donc, l’option Brésil devient évidente. Il leur suffit ensuite de se diriger vers une petite île bien connue pour avoir accueilli à l’insu de son plein gré quand même, un certain empereur pour l’empêcher de foutre sa merde en Europe et hop, vous foncez vers Le Cap et c’est joué. Enfin, c’est une image.
Extraordinaire de s’apercevoir que la Terre entière leur appartient et qu’ils ont la possibilité d’aller ou ils veulent. Ça donne le vertige.
Une petite carte pour vous aider :
Cette course autour du monde est une fenêtre magnifique qui permet de m’évader en ces moments où ce mot a un peu perdu de sa substance et comme elle va durer au moins 70 jours ça fait du bien (en revanche c’est moins confortable pour ceux qui sont bien secoués comme des pruniers dans leurs bateaux).
Je profite de ce temps d’expression libre pour rappeler les liens forts qui relient ces deux continents, d’abord par leur aspect où l’on voit bien qu’ils peuvent facilement s’imbriquer l’un dans l’autre et sans aucune arrière pensée évidemment, et la faible distance qui les sépare, moins de 3000km je crois, à tel point qu’il arrive que des pêcheurs africains en panne de moteur se retrouvent de l’autre coté de l’océan emportés par les courants et les vents.. Jean Yves Loude en raconte l’histoire dans son excellent livre : Pépites Brésiliennes.
Nous arrivons aux termes de cette troisième semaine de reconfinement et jusque là tout va bien.
A vous les studios.
A ce jour, Troumpe n’a toujours pas reconnu sa défaite. Y’en a qui s’obstinent…..
Ah oui, Les migrants sont enfin arrivés et voila leur portraits.
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