Reconfinement Saison 2 – Semaine 2
Dredi
Le matin vers 6h30, le son si particulier d’une Zoé me réveille souvent. Il me rappelle celui de la DS dans le film ‘Bienvenue à Gattaca’, comme si les ingénieurs de Renault s’en étaient inspiré. Y’ pire comme référence. Autre histoire de bagnole, dans le film Dead zone de Cronenberg, excellent je dois avouer, son ex-copine se promène dans une Buick. Et bien c’est exactement celle que nous avons loué durant notre séjour aux US en 87 pour le tournage du meilleur documentaire jamais réalisé sur Sturgis. J’assume mes propos.
Rendu visite en loussdé à mes amis MF. Et F. pour les aider à installer le logiciel Zoom sur leur ordi. On prévoit une visioconf lundi avec notre groupe faute de pouvoir se réunir en vrai. Malheureusement, pas mal d’entre nous ne pourront pas participer à cause d’une connexion internet faiblarde.
Ça s’appelle une discrimination et on le sait. Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Sans compter celles et ceux qui n’ont pas internet, près de 11 millions de personnes en France
parait-il et la tendance est pourtant de réduire la présence des services public accessibles à tous en le remplaçant par la ‘dématérialisation’. Quel mot barbare pour une société qui le devient de plus en plus.
Je suis reparti avec une confiture de coings et de la pâte de ces même fruits. Je file à la boulac pour ravitaillement. Au passage, je régale mes ami.e.s libraires de cette pâte en plein inventaire. Ça va leur donner un peu de peps dans ces manipulations de livres et il y en a, je sais ce que c’est, j’ai déjà donné. Les inventaires, c’est la galère !!!!!!
Ce soir je devais être à Blandas chez mes amis du Causse.
Samedi
Toujours pas de président aux USA. La fin du documentaire sur la guerre de Sécession se termine entre autre par l’assassinat d’Abraham Lincoln, cinq jours après la fin de la guerre, lors d’une représentation théâtrale, la naissance du KKK et le sentiment de beaucoup de sudistes d’une destruction systématique de LEUR pays menée par Sherman qui, après avoir réduit à néant les armées confédérées et le pays, s’attaquera aux Indiens avec la phrase tragique : « Tout bon indien est un indien mort ». On donnera son nom à un char…..super symbole.
Fini le livre de Navel, ‘Passages’. Un document passionnant sur la vie ouvrière, mais pas que, en France et plus spécialement à Lyon, où il réside, pendant et après la première guerre mondiale.
Les métiers, les rues, les ambiances, les luttes et la naissance des syndicats et des notions aussi incroyables que le végétalisme. Oui, ça existait déjà à cette époque mais dans l’idée de pouvoir cultiver son jardin et de ne devoir rien à personne dans une option libertaire.
Il en ressort quand même que les conditions de vie du monde ouvrier sont dures et que les familles s’entassent dans des logements exigus, que les salaires sont minables à part pour les ouvriers spécialisés et qu’il faut tout le temps se démerder pour s’en sortir. Il y a plein d’usines et de petits ateliers qui fabriquent de tout pour un monde en pleine révolution avec l’arrivée des véhicules à moteur. J’imagine des villes noires, envahies de poussières de charbon dues au chauffage et aux cheminées des usines et l’espérance de vie ne dépassait pas 60 ans. Mais c’était la vie à cette époque en France, il y a donc un siècle.
17h28, Joe Biden est élu président des États Unis. Une page se tourne, la page du bouffon et de l’ignorance. Quatre années de mépris, de mensonges, de déclarations dignes du plus mauvais président que ce pays ait pu avoir et pourtant, ils ont quand même bien essayé avant avec les Reagan les Bush et je ne reviendrai pas jusqu’à Nixon et pourtant. Que ce pays ait élu un homme de 78 ans pour combattre un autre de 70 démontre le peu d’attrait que la fonction exerce ou bien le peu de réserve que ces deux partis possèdent. Quelle tristesse ! En nommant Kamala Harris comme vice-présidente, Biden donne un signal fort pour le futur surtout qu’il a déjà annoncé qu’il ne ferait pas de deuxième mandat, encore faudrait-il qu’il termine le premier. C’est ce qu’on lui souhaite même si la tâche va être compliquée de réunir deux pays vivant sous le même toit.
Ce soir je devais être sur le chemin du retour. Que le temps est long lorsque les heures qui passent, passent.
Dimanche
journée très chargée, départ du Vendée Globe dès 8h00. Tous les skippeurs et skippeuses défilent sur le ponton. 33 en tout et autant de bateaux tous aussi splendides les uns que les autres. 6 femmes prennent le départ. Génial !!!!! Certains de ces vaisseaux de course présentent des appendices incroyables : des foils immenses. Cela n’a plus grand-chose à voir avec Joshua. Le départ prévu à 13h02 (????????????????) sera un peu retardé à cause du brouillard ...14h00….quel spectacle !!! Je suis d’autant plus concerné, oui monsieur, non pas d‘avoir engagé moi- même un de ces bestiaux mais en achetant un matelas chez « La Compagnie du Lit » qui elle, en a un à son nom barré par Clément Giraud. Je suis fier de cet achat….bon vent à vous deux et rdv aux Sables en 2021. Oh mon bateauoooo, tu es le plus beau des bateaux. Ce soir je devais être chez moi.
Lundi
Il a encore beaucoup plu cette nuit et ce matin il fait beau. On va pouvoir rouler…………..ah non chiotte !!!!!
Hier soir, longue conversation avec mon ami Joseph qui vit à coté de Valencia. Sa compagne Sylvia jouait avec leur petite fille Iara à faire de la musique puis à dessiner. Ils l’ont inscrite dans une « Forest School » (ou Pédagogie par la Nature en français) et vivent un peu en autarcie dans une petite maison avec jardin et sans branchement électrique, un panneau solaire leur suffit. Il est un fin connaisseur des plantes et de la permaculture. Il me dit avoir planté plus de 150 espèces différentes dans son jardin. Il faut jusque surveiller l’arrosage car dans un pays où il fait plus de 35° en été et sans pluie, l’erreur peut être fatale mais tout s’est bien passé cet été. Je les avais rencontrés lors de mon voyage (avorté) à vélo en Espagne il y a bientôt 3 ans. Un autre monde. Nous restons bien sur en contact. J’ai hâte de les revoir. Mais quand ???
Commencé la découverte d’un nouvel écrivain italien : Mario Rigoni Stern. Visiblement inspirateur de Primo Levi et de Paolo Cognetti et fortement conseillé par ma bibliothécaire d’Arles, je ne risque pas de me tromper. Premier livre : Sentiers sous la neige.
Hier soir, je cherchais un film à voir sur le site de la médiathèque numérique (plus de 6000) et ne trouvant rien à me mettre sous les yeux dans le rayon classique, je me suis porté dans celui de
Politique et là, je tombe sur ‘Le voyage de Primo Levi’, un documentaire retraçant son périple en Europe après sa libération d’Auschwitz par les russes jusqu’à son retour en Italie, sa terre natale. Réalisé en 2005, il ne reflète donc pas la réalité des pays traversés à cette époque mais au contraire, le réalisateur nous confronte à ce qui se passe aujourd’hui : fin du communisme et ses villes et ses complexes industriels abandonnés, laissés aux agences de voyage et à la nostalgie, les kolkhozes eux aussi oubliés, les machines qui manquent pour l’agriculture, la surveillance appuyée en Biélorussie (déjà et encore Alexandre Loukachenko), les charrettes à cheval en Moldavie et Roumanie, les paysages et les gares eux identiques que P. Levi à pu voir depuis les trains.
6000km pour dix-huit mois d’errance. Et à la fin du voyage, qui rencontrons nous ? Mario Rigoni Stern qui nous rappelle la grande amitié qui les unissait. La boucle est bouclée, comme si tout avait vraiment un sens.
Mardi
j’aimerais bien repeindre un peu mon appart, pas tout, le coté cuisine et je vais voir chez Welldone ce qu’ils proposent. Une super belle femme s’occupe du rayon (je sens que je vais y retourner) et me laisse consulter tous les nuanciers dont elle dispose et y’a même du Farrow and Ball. Elle m’en donne un pour que j’ai le temps d’y réfléchir. Ça fait déjà une belle balade à vélo.
L’aprèm, c’est l’autre balade jusqu’à la ferme de l’Amap. J’aime beaucoup ce trajet dans la campagne et les animaux que je peux rencontrer mais cette fois ci que nenni, ni ragondins, ni hérons, ni sanglier en détresse dans la roubine. J’aide à l’installation et je m’en vais avant que la nuit tombe.
Credi
Mon ami Jitesh, psychologue, tient à tout pris à me faire parler. Il paraît que je suis un cas intéressant...faut croire. Je vais lui dire que tout va bien mais il ne l’entendra pas de cette oreille. Il voudra certainement sonder plus profondément mon âme encore faut-il que j’en ai une.
Aujourd’hui , Maurice Genevoix rentre au Panthéon et avec lui tous « Ceux de 14 ». Ce livre m’avait littéralement transporté dans l’univers morbide et désolant de cette guerre mais la manière si humaine qu’à Genevoix de la décrire en efface presque les horreurs. J’avais reçu pour ma communion
solennelle (on ne rigole pas) « La dernière harde » dans un très beau volume relié.
Le soir je visionne un film de Guédiguian que je n’avais jamais vu : A l’attaque. J’ai beaucoup aimé. Le garage où se déroule la vie de ces gens se trouve à l’Estaque, en bas de la voie ferrée qui va à Arles et je vois cet endroit à chaque fois que je prends ce train. Je verrai ce lieu encore différemment.
Jeudi
je dis je ne dis rien mais en fait si un peu. En allant faire des courses avec Rougnassette, en haut du chemin du Camp Romain, je vois une voiture arrêtée en plein carrefour avec deux femmes autour. Je m’arrête aussi pour demander si tout va bien et je m’aperçois vite que tout ne va pas bien. Une femme est assise devant son volant et me regarde avec des yeux incroyables et me fixant comme si j’étais, je ne sais pas quoi d’ailleurs, car je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête mais ça n’a pas l’air d’aller très bien. J’entends une des femmes en conversation avec les secours qui dit ,
« Elle est totalement figée et ses pieds sont bloqués sur les pédales et elle ne dit rien ».
Je demande si je peux aider mais elles me disent qu’elles s’en occupent et je repars mais la vision du visage de cette dame reste longtemps gravé dans ma mémoire. Elle avait vraiment l’air d’être dans un autre monde.
Je passe aussi chez Welldone pour acheter un autre bout de sangle pour réparer mon sakado. Les échanges avec Decat n’ont rien donné car ils sont incapables de me dégotter cette pièce qui doit se trouver dans un stock quelque part en Chine. Une des femmes avec qui j’ai échangé à ce sujet sur leur plateforme m’avoue qu’ils ont beaucoup de progrès à faire dans ce sens, c’est à dire réparer des objets pouvant encore rendre de bons services plutôt que de les échanger et de les jeter. Je l’ai remerciée de sa sincérité et j’espère au moins que ces échanges serviront à quelque chose. Je n’ai pas manqué de lui dire aussi que l’époque n’est plus à ce genre de gaspillage et qu’il serait bien vu que la marque pense à rapatrier ses usines plus près des lieux de consommation et que ce n’est pas grave si les marges se réduisent car Mulliez s’est déjà bien assez gavé comme ça. Avec ces sangles, je vais me démerder à trouver un réparateur pour faire de la couture. Je ne suis pas outillé pour ce genre de travail.
Casse tête a dit qu’on en avait encore pour au moins 15 jours et ça n’a surpris personne sauf ceux qui pensaient le contraire.
Suis passé chez P . et N. et suis reparti avec un petit stock de dévédés. J’ai de quoi tenir quelques jours.
À bientôt
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