Avec les gilets jaunes sur la voie rapide au carrefour de Tarascon - avec mon pote Bruno
Alors nous sommes allés avec Bruno rendre visite aux Gilets Jaunes qui bloquent le carrefour de la voie de contournement de Tarascon/Beaucaire. A vélo. Lui, avec son beau vélo tout neuf qu’il a reçu pour son anniversaire et moi avec le mien qu’est toujours le même.
Là, ça bloque pas mais ça fait pas longtemps car on vient de voir une longue file de camions traverser le pont. Ça bloque une heure, ça débloque une heure. Pas chiens les GJ.
On s’arrête. Y’a un beau flat pourri sur le terre plein. Le mec bricole mais avoue qu’il est en rade. « Problème électrique » m’avoue-t-il « faut aller chercher la camionnette ».
C’est un vieux R90/7 coursifié, bracelets, selle mono et le maximum allégé. Chui con, j’ai pas fait de photo.
Sur le terre plein central, y’a du monde, des canapés, des tentes, des palettes qui finissent de bruler. On entame la conversation avec un couple qui regarde le trafic des camions. « Y’a le monde entier qui passe devant nos yeux. Regardez les plaques, Lituanie, Pologne, Roumanie, Portugal, Espagne, Italie ». C’est vrai.
Faut dire aussi que les autoroutes sont bloquées pour l’Espagne et que les mecs doivent trouver des voies de secours. Ils sont pas rendus.
Ah, ça va bloquer de nouveau. Les camions sont dirigés vers le parking de l’usine de papier et les voitures vers Tarascon. Certains automobilistes ne veulent pas écouter les consignes et on peut les voir faire le tour du rond point et repartir.
Ça fait rire tout le monde.
Sinon la conversation.
- Les taxes nous empêchent de consommer (aie, ça commence mal).
- Oui, mais pour consommer quoi monsieur ?
- Des légumes qui viennent de loin et pas cher.
- Mais vous n’êtes pas obligés de les acheter.
- D’accord mais les producteurs du coin les vendent à 3€.
- On ne peut pas comparer quelqu’un qui transforme des ouvriers en esclaves, leur vole leurs papiers, les fait vivre dans des cabanes en plastique avec un maraicher d’ici qui paye ses charges et qui vous vend ses produits.
- Ah, mais on va aussi acheter au producteur bio qui vend dans la rue des Halles à Tarascon.
- Vous voyez !
Ça klaxonne au passage, on se reconnait, on se fait signe. Un gars déverse une remorque de bois pour le feu de cette nuit.
Les camionneurs vont tranquillement se garer où on leur dit même si certains râlent un peu.
- Ces chauffeurs travaillent pour 750 ou 1000€ par mois alors ça fait de la concurrence déloyale.
- Oui mais avec cet argent ils vivent bien chez eux même s’ils font 70 heures par semaine et c’est peut-être pour vous livrer vos légumes pas chers.
- Il faut une harmonie fiscale en Europe (à ce sujet je n’ai pas entendu de critiques sur l’Europe ce qui est parfois une habitude dans les discours extrêmes. Je trouve ça pas mal).
On s’en retourne chez nous
On est à vélo alors on nous laisse passer avec des grands sourires
Le pont encore une fois pour nous tout seuls
C’est magnifique d’imaginer un monde vide des bruits de bagnoles et des camions qui nous frôlent
On s’arrête en plein milieu et je prends des photos
Le soleil se couche sur les éoliennes au repos
Le vent est tombé et ceux qui vont dormir sur place auront moins froid cette nuit
La lumière est douce comme un tableau de Turner
Bruno me raconte qu’il y a longtemps le fleuve s’étalait sur des centaines de mètres
Et formait comme une mer infranchissable
Maintenant il est ceint de murs qui le canalisent et nous protègent
Mais la colère gronde un peu partout
J'y serai bien retourné le soir pour voir l'ambiance
Mais j'ai eu la flemme de ressortir à vélo







