Pyrénées 2011 - Saison 3
Tarascon sur Rhône, Tarascon sur Ariège. Comme un voyage qui tourne en rond après 8 heures, 3 trains, un bus et un stop en voiture, Siguer (750m) de nouveau et "Le Petit Gîte " de Fabrice Scheffer. Bon, à vrai dire, les travaux n'ont pas beaucoup avancé depuis l'année dernière quand nous l'avions quitté à la fin de notre randonnée mais l'endroit est toujours aussi sympathique et un randonneur est déjà là, occupé à écrire son journal. Gilles, 58 ans, retraité de la SNCF qui tente la traversée en une fois et cela s'annonce pas trop mal pour lui car parti de Hendaye début mai, le voilà déjà rendu ici et il ne lui reste qu'une quinzaine de jours pour réaliser son rêve. Mais chaque étape est une épreuve à passer.
Dîner à se raconter ses histoires , la cloche du village qui sonne deux fois toutes les heures et jusqu'à minuit; elle me réveillera à chaque fois. Maudzites traditions !!!!!!
Départ tranquille le lendemain matin; la rando est courte aujourd'hui. Déjà très chaud dans la montée sur Lercoul (ça s'invente pas.....), un peti col à 1550m, une traversée dans les bois pour nous rafraîchir et une petit "rahouètte" pour ne pas arriver au gîte de Goulier trop tôt.


L'eau, omniprésente dans ces montagnes, nous aidera dans les efforts en coulant en cascades depuis les sommets.
Le gîte d'Endron à Goulier est atteint dans l'après midi. Seuls dans le dortoir, nous prenons nos aises en attendant le dîner du soir. L'hôtelier qui le tient rêve de "Relais Château" et nous ne savons pas si nous devons croire toutes les histoires qu'il nous raconte sur son parcours professionnel. Quant à elle, elle est bien trop maigre pour aimer manger. Le repas sera loin des discours : NUL, sans aucune valeur nutritive pour des marcheurs. Le petit déjeuner, apporté la veille (un départ à 7h00, c'est bien trop tôt.....) est composé de pain rassis, de biscottes, de confiture sans goût et d'un yaourt. On a failli avoir le café dans le frigo à faire réchauffer au micro-onde. Je rêve !!!!! Même si sur le coup ça nous fait bien rigoler, on s'en souviendra durant la rando du jour : les calories manqueront à l'appel.....Nous partageons quand même le café et le thé avec des Néozed qui font le GR10 à saute mouton et des anglais qui les accompagnent en voiture.
Départ à 7.15 ; premiers objectifs le Pique de Sarrasi puis le Pique d'Endron (2472). De belles pierres gémellaires (3000/4000 ans)
entourent la fontaine à la sortie du village et nous informent que le dieu protohistorique "Endiron" surveille de très près le sommet. Respect à ce vieux monsieur !!!

Vue du sommet du Pique d'Endron et le Pique d'Endron (bosse à gauche) vu de la montée vers le refuge Fourcat
Première descente dans une pente très raide; on ne trouve pas le bon sentier et on en chie. On retrouve le GR10 un peu plus bas mais pas sa variante GR10A ce qui nous fait redescendre jusqu'au lac et perdre presque 300m qu'il va falloir remonter pour atteindre le refuge Fourcat. Je suis totalement vidé, séché, essoré et je n'atteins le refuge qu'avec l'aide de bananes séchées qui s'avèrent très efficaces. Bilan de la journée : 10h15 de marche et plus de 2200 m de dénivelé. Une folie !!!!
(Refuge de l'étang Fourcat 2445m)
L'accueil est super sympa et le cadre somptueux. Il n'y a que nous et le gardien sera aux petits soins pour nous refaire un santé. Deux 1664 pour les sels minéraux, grosse salade, riz à la fondue d'oignons, fromage, une méga crêpe .Oufti !!!!! Chacun sa chambre,un bonne douche et nuit à 2445m dans un calme total perturbé seulement par le passage des étoiles filantes. Le sommeil est un peu agité à cette altitude mais la nuit est douce. 
Petit déj copieux et départ à 9.00. Le gardien traverse le lac en canoé avec son chien pour se faire quelques arêtes du côté espagnol. Belle image....
Premier col à 2645m par le HRP : c'est l'univers de la haute montagne, la roche qui crisse sous les chaussures et le bâton, les névés à traverser et les mains courantes qui aident dans les passages délicats en descente.
(le HRP entre Fourcat et Mounicou)
Succession de lacs vert émeraude, quelques poissons se sont adaptés à ce monde d'altitude
Après le dernier lac, une longue traversée en balcon nous fait doucement descendre vers 1800m ; rencontre avec des chevaux et des isards qui s'enfuient au loin.
Tout un groupe de mâles, femelles et petits gravissent la pente par de grands sauts puis, se sentant en sécurité, ils ralentissent et disparaissent lentement à nos yeux.
La roche fait de nouveau place à une belle forêt. L'orage gronde et une pluie de grêle nous surprend mais pas longtemps. Mounicou, village de montagne au schiste austère qui me rappelle les Cévennes. Encore seuls ce soir au gîte; Mme Lambique nous a gentiment fait nos courses et nous offre confiture, fruits et deux gros palmiers pour le dessert. Quelle générosité !
Le temps se gâte rapidement et l'orage forcit, brume et brouillard viennent envelopper le village.
(Mounicou)
Mercredi matin, temps maussade mais il ne pleut pas; brouillard mais pas de pluie. A Marc, un apiculteur a creusé une sculpture en forme d'ours pour y abriter une ruche; l'arrière est transparent et nous laisse entendre et voir les milliers d'abeilles au travail. Elles rentrent et sortent par le nez de l'animal figé.
(l'ours-ruche)
Cinq heures pour atteindre le refuge de Bassiès (1650m). Deux couples croisés dans la montée. Nous marchons pendant quelques kilomètres sur un ancien aqueduc en béton. Nous en profitons pour mesurer notre rythme de marche car il est balisé tous les 100m : un petit peu plus de 5km/h mais sur le plat évidemment. La montée continue dans la forêt puis la montagne apparaît dans un immense chaos granitique. Le refuge nous accueille noyé dans cet univers fantomatique de la montagne brumeuse.
(pont de pierres à l'approche des lacs)
Les prévisions météo sont bonnes. L'endroit est absolument merveilleux avec une succession de lacs dans un grande plaine herbeuse. De partout, l'eau coule en cascade. La vue est partiellement bouchée par l'orage mais si le temps se dégage demain, le spectacle va être saisissant !!!!
(vue du couloir du refuge de Bassiès)
Le brouillard ne s'est pas du tout levé cette nuit mais on pense que là-haut c'est mieux alors on y va. Départ dans le froid et tout l'équipement disponible. Vers 10.00, super !!! Nous sommes au dessus des nuages; on peut se déssaper et faire sécher nos affaires. Dernière grimpette pour atteindre le Pique Rouge de Bassiès à 2676m et un panorama à couper le souffle sur 360°: le Montcalm et le Pique d'Estats au fond (fait en 1993 avec Flo). Les autres ??? trop nombreux pour les nommer. Deux heures pleines à profiter de ce moment unique.
(Pique d'Estats et de Montcalm 3143 et 3077m)

C'est dans ces moments là que toutes les fatigues, les suées, les plaintes et les questions s'effacent d'un seul coup. Se retrouver sur un sommet seuls comme dans un espace immatériel, contempler les sommets, entendre les hirondelles fendre l'air, observer un vautour passer au dessus de nous? Ces moments n'ont pas de prix ou plutôt sont la récompense sublime de l'effort et seuls les gens qui pratiquent la montagne savent de quoi je parle.
Nous redescendons le coeur léger et les batteries rechargées à bloc !!!!!!

( le Pique d'Aumale)
(les étangs de Bassiès sous le soleil)
Vendredi 01/07; dernier jour de marche. Encore un peu de brume au réveil. Un premier col qui surplombe les étangs puis c'est le Port de Salex qui fait la jonction Aulus/Auzat. Vallée pastorale où les sonnailles résonnent de partout accompagnées par les cris des bergers; le vocabulaire est succinct mais se veut efficace. La forme bien spécifique des pentes dessine l'ancienne vallée glaciaire. Au port, nous décidons de grimper le Mont Ceint, petite et dernière bosse à 2088m. A son sommet, une plaque rappelle l'histoire de Jean-Marie, berger sur ce lieu à 14 ans et qui informait les résistants des mouvement allemands. Il y est revenu à 82 ans pour se souvenir.

vue de la vallée du port de Salex
Redescente par une belle arête en arc de cercle, facile à part une petit pas de désescalade. Nous retrouvons le GR10 et 1h 1/2 après, nous sommes à Aulus les Bains, fin de notre rando pyrénéenne de cette année. Nous repartirons donc d'ici en 2012 pour continuer cette traversée.

