GR10 - Juin 2010 - 2éme partie -
Dimanche, après une journée de train entre Tarascon et Mont Louis car c'est là même que nous avions quitté le GR10 l'année dernière pour bifurquer vers le Lac de Matemale. Alors, 2010, retrouvailles avec les Pyrénées; cette fois ci, Richard rejoint Jeanne et nous serons donc 3. Bon, le train nous lâche à Perpignan; il y a, parait-il, un arbre qui menace de tomber sur la voie. Les conducteurs ont signalé le danger aux supérieurs qui ont envoyé quelqu'un vérifier mais qui n'a pas voulu signer le papier disant qu'il n'y avait pas de risque alors les conducteurs refusent de partir. Le résultat : des voyageurs qui attendent une heure en gare et qui finalement prennent l'autocar ....Simple non ??? . Au fur et à mesure que nous montons vers le refuge, le temps se fait de plus en plus menaçant et c'est sous une atmosphère hivernale, un grésil et un vent glacial que nous atteignons le lac des Bouillouses vers 18.30. Un premier hôtel trop grand, une auberge accueillante mas le refuge du CAF se trouve en contrebas et nous allons regretter la petite auberge....
La nourriture est lamentable, réchauffée de la veille en quantité comptée. Une stratégie de Jeanne nous permet de dormir dans une petite chambre rien que pour nous au lieu de se cailler dans le dortoir collectif alors que tout le refuge est vide. Allez, ce qui compte, c'est que le lendemain tout soit dégagé.
Jour 2 :
Et c'est dégagé mais à 2000m avec -2 degrés et un vent qui continue de souffler à 50/60km/h : ça caille grave .....On enfile tout ce qu'on a : polaires et veste mais crotte, rien pour les mains et au passage de col à 2400 je vous jure qu'on aurait bien voulu avoir une bonne paire de gants en plus.
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Le lac est en tempête, les embruns passent au dessus du barrage et nous arrosent. Parfois, il forme des petites criques et on pourrait se croire à Crozon ou au bord de la méditerranée s'il n' y avait au loin ces somment enneigés. Tout de suite apparaissent des névés en glace et il faut marcher tranquille pour ne pas se vautrer. Plus nous montons vers le col plus le paysage nous transporte dans une rando hivernale. Tout est blanc et la neige transforme un austère paysage de cailloux en un monde merveilleux; elle atteint parfois 30cm : on s'enfonce. C'est le grand bonheur. Cela me rappelle le Népal avec 3000 m de moins mais c'est tout aussi grandiose. Portella de la Grava (2426m) qu'on appelle Bouillousi-La; manque plus que les drapeaux de prières flottant au vent pour se croire 7000km plus à l'est.
Le sentier descend doucement vers le lac de Llanoux où nous déjeunons près d'une cabane à l'abri du vent .


(Jeanne en plein effort)
(Petit aperçu du passage du col de la Grava avec le lac de Llanoux et les petits personnages perdus dans la neige. )
Nous repartons pour passer le 2° col : Coll de Coma d'Anyell - 2455m. La chaleur commence à faire fondre la neige et c'est de la soupe dans laquelle on s'enfonce parfois jusqu'au genou.
Une ambiance de haute montagne nous entoure. C'est dans ces moments et dans ces endroits que je trouve le repos, une forme de bonheur de vivre qui vaut tous les efforts du jour.
(Richard et Serge)
Nous faisons connaissance du Commandant Serge Gonçalves de Brito (nous saurons tout ça après bien sur). Un grand monsieur blond à la barbichette pointue retraité qui tente de faire la traversée totale des pyrénées; il est bien chargé.
Descente vers le refuge des Bésines : une heure trente.
Nous avons le temps de nous détendre : yoga et petite bière mais uniquement pour reconstituer les oligo-éléments perdus, bien sur...Pensez vous ....
Le refuge se remplit petit à petit et nous partageons le repas avec Serge et 2 anglaises en solo. Comme c'est la fête de la musique ce soir, je leur propose de préparer leur carnet de bal car avec Jeanne, elles ne sont que 3 femmes au milieu d'une dizaine d'hommes. Elles font mine de rire avec un petit geste amical sur l'épaule. Mais tout le monde sera couché à 21h00.....Je lis un petit Rivages/Noir à la lumière du jour ; pas besoin de frontale, c'est le jour le plus long de l'année.
Jour 3 :
Réveil, beau temps, j'ai le temps et je me prélasse dans ce lit trop petit, trop étroit plutôt. Je n'envie pas ceux qui font le GR10 dans l'intégralité : 45 à 50 jours à dormir ailleurs, à manger plus ou moins bien car ce qui fait le plus défaut dans les refuges, ce sont les fruits et les légumes : on est loin de la recommandation des 5 fruits et légumes par jour; pourtant, cela serait bien nécessaire. On le verra par la suite aussi.....
Du refuge, après un petit déj' encore minable avec de l'eau tiède qui ne fait même pas infuser le thé : quel malheur !!! du pain et de la confiot', le sentier s'envole vers notre troisième col, pas très haut : 2333 pour aujourd'hui. Nous restons un moment à contempler la vallée qui se perd et celle qui se trouve. Dès celui ci passé, on plonge dans la nouvelle. Serge s'en va, visiblement sans le temps d'arrêt que nous trouvons nécéssaire. Nous le retrouverons ce soir sans aucun doute. Descente un peu raide dans un véritable paysage de carte postale : torrent dévalant, sommets enneigés, petit lac translucide, genêts en fleurs dans un décor alpestre.
Déjeuner au bord du torrent bruyant : combien d'eau s"écoule à la seconde et va se perdre ???? C'est peut-être pourquoi les gens ne comprennent pas qu'il faille faire attention à l'eau qui coule chez soi :" Pourquoi faire, on n'en manque pas ici ........???". Logique ???
En route, petite pause dans un bain de source sulfureuse; c'est tiède comme il faut, on se prélasse un bon moment.
( la source d'eau sulfureuse)
Arrivée à Mérens vers 15.00. Une belle maison d'hôte de 1822 nous accueille, escalier en bois et dortoirs sous les combles (chaud!!!).
Je fonce à Ax-les-Thermes pour le ravitaillement des trois jours suivants. Une voiture me prend dans le village; je les aide à faire le plein d'eau à la source. Courses faites, le train me ramène à Mérens 18.00. Vite fait très bien fait.
Je me demande parfois pourquoi l'accueil n'est pas toujours aussi chaleureux qu'ici ? Ça changerait quoi ? Mme Vidal nous concocte un
repas simple mais généreux : salade composée, pâtes aux légumes pour nous, accompagnées de viande pour les autres, fromage et dessert.
Elle sera en retraite demain et veut transformer sa maison en Auberge; c'est son rêve...
Les français se sont fait sortir du mondial : trop cool.......
(église romane de Mérens-les-Vals)
Il serait temps de parler de "la bande des 5". Notre première rencontre a eu lieu au refugedes Bésines. Ils sont arrivés après nous et ont dîner avec les deux jeunes rencontrée dans la descente. Ce soir c'est notre deuxième soirée ensemble, ils se rapprochent mais mangent encore à l'autre bout de la table partagée avec 4 autres personnes dont un couple de 75 ans qui ne fait pas du tout pitié; ils sont l'air de marcher à l'aise..... Ça a commencé à distordre avec avec eux quand ils ont cru que les autres pouvaient éventuellement leur servir de boniches. J'ai fait quelques remarques....Alors que tout le monde met la main à la pâte, ils laissent tout sur la table...Suite demain, on va les retrouver au refuge.....
Jour 4 :
Petit déj copieux : confitures maison (oranges, kiwis) pain, brioche et jus d'orange. Ca fait longtemps qu'on a pas eu ça pour se préparer à marcher. La bande des 5 est déja partie en laissant leurs restes sur la table. Alors départ. Sortie de village, des tracteurs abandonnés viennent compléter ma collection.
Pour digérer, 1500 de déniv en plusieurs passages de cols. Jeanne nous donne quelques cours de botanique : Gentiane de Koch, Gentiane printanière, Lys de St Bruno, rhodos toujours, Verdache ou gentiane ???? Dans le torrent de Mourgouillou, des truites se promènent mais la pêche ici est "No Kill".
Déjeuner au col (2430) où nous retrouvons Serge qui n'arrive toujours pas à prendre son temps. Il se contente de se reposer la tête dans les bras quelques minutes et repart aussi sec. Reminiscence de son passé militaire ???. Nous restons 1h30. Passages de quelques névés raides mais pas dangeureux et c'est l'arrivée au refuge du Rulhe. Des drapeaux de prières flottent au vent. Je salue notre hôte d'un "Namaste" bien vocal.
(vue du refuge : Pic Fourcade)
Cette fois-ci "le groupe des 5" sera avec nous à table et la discussion s'embourbera autour du vin bio de l'ariège que j'ai choisi pour le dîner et du fait que s'il n'y a pas de sulfites, ce n'est pas possible de faire du vin. Je tente de parler du domaine Malaïgue et de Gourgonnier qui élaborent des cuvées "Sans Sulfites", mais rien n'y fait. J'abandonne devant tant de surdité. Le mec est viticulteur alors il sait tout et le bio : "Surtout pas !!!!!!". Allez, va cuver ton pinard fieu !!!!.
Pas mal de monde ce soir, une vingtaine de personnes au moins et Calou (le gérant, grand sec au visage radieux) m'explique que le mauvais temps de la semaine dernière a décalé les départs. Tout le monde arrive maintenant.
Reaps : soupe à l'ail, omelette/semoule pour nous (daube de porc pour les autres), fromage et tartelette avec petit chapeau de chantilly....Oufti !!!
(vue de la chambre....)
Jour 5 :
Après un dernier regard à cet espace magique, nous repartons pour parcourir la crète des Isards, longue promenade entre ciel et terre, parfois effilée parfois plus douce. Sentier splendide aux vues grandioses sur le parcour d'hier; le temps d'avant se mêle au présent. Au loin, nos prédécesseurs en procession (le groupe des 5...).
( refuge et Pic du Ruhle)
Station de Beille vers 13.00; pause casse-croûte. Plateau de Beille; ah, comme ce nom résonne en moi. Je me souviens d'une retransmission du tour de France de je ne sais plus quelle année où l'hélico survolait une région de toute beauté et je me disais alors que j'aimerais bien y aller un jour. Et bien, c'est fait; et plus que d'y aller, je marche sur le plateau (on m'a dit que c'est Pantani qui avait gagné. Il est pas mort celui là ???). Magiques transports que les pieds de l'homme: ils vont où les rêves naissent.
Surprise, nous croisons Serge qui nous avait quittés il y a un bon moment. Visiblement aveuglé par le soleil, il a raté la bifur' et il nous emboîte le pas pour ne plus se tromper jusqu'à la cabane de Clarans où nous comptons bivouaquer ce soir si les autres totos ne nous ont pas déjà piqué la place. Mais la chance nous sourit et nous sommes les premiers. Mais où sont-ils donc, ont l'air de demander les amis qui les attendent au carrefour ???Perdus eux aussi ???
Eh bien oui; enivrés par le rosé bu (avec sulfites, forcément) avec le steak frites du resto de la station de Beille, ils se sont eux aussi bien plantés et on fait une belle rahouète d'une heure et demie. Hé hé hé, les fortiches, on fait moins les malins ??? Ils se contenteront de la cabane de secours alors que nous bénéficierons de celle aménagée par Fabrice du "Petit Gîte" de Siguer (demain....). Nous nous offrons des bières rafraîchies dans le ruisseau et une soupe chauffée sur le réchaud avec en dessert un rocher noir. Le luxe total !!! . Le principe : on note ce qu'on prend et on paye en arrivant au gîte.
Jour 6 :
Nuit un peu agitée certainement du au peu de confort de la cabane : matelas minces et voisin qui ronfle dans les oreilles.....Mais après le petit déj, toute la troupe repart pour la dernière étape. Tiens, c'est drôle, le groupe de 5 a décidé de nous suivre cette fois. Peur de se perdre de nouveau ???(ce qui aurait pu arriver). On n'est pas chiens, on laisse faire....Dans la montée encore une fois bien raide dans la forêt, les écarts se creusent entre les groupes. Certainement plus légers, nous partons en tête. Premier col, redescente, deuxième montée et là, problème : le GR reste introuvable et c'est à travers tout que nous gravissons la dernière pente à travers genêts revêches et arbustes racoleurs. Richard, qui a choisi la directissime est déjà sur la crête suivante et nous ne le rattraperons qu'une heure plus tard. Je lui fait un peu la gueule de nous avoir laissés seuls. Un incident aurait été plus compliqué à résoudre. La montagne demande un peu de cohésion. Mais bon tout baigne après une petite discussion.
Le groupe des 5, trompés par notre assurance, suivra le même chemin, sauf un des leurs qui est en train de lâcher prise et se fera rapatrier par la voiture balai de leurs amis qui les attendent au sommet. Serge ne fera pas d'apparition ce soir. A-t-il décidé de bivouaquer en route ???
Arrivée à Siguer après un ravitaillement en eau de source divinement fraîche - il fait un méchant cagnard, 40° au thermomètre d'une maison - à Gestiès. Fabrice, du Petit Gîte nous accueille surpris de nous voir déjà là.
"Vous avez bien marché car les autres n'arrivent pas avant 18.00 normalement". En effet il n'est que 16.00.
Pas grave, du temps pour se laver, se désaltérer et s''installer dans le gite maison-pas-finie-mais-sympa.
Le groupe des 5 arrive peu après nous annonçant l'abandon de leur ami. L'atmosphère est plus détendue et le repas sera sympa autour de rostis que j'aurais préparé avec l'aide de Nina, la fille de Fabrice, d'un belle salade niçoise, de légumes, fromages et salade de fruits frais au riz au lait. Que du bonheur !!!!!
Vue du Pla de Montcalm : le Pic Rouge de Bassiès (la pointe enneigée au fond) et Les Trois seigneurs. C'était en 1993 avec Flo. Il y a aussi le Moncalm mais on ne le voit pas (3031m). Il est derrière la pointe noire.
Voila, plus ou moins 100km et le dénivelé total, je peux pas vous dire j'ai perdu les cartes quelque part sur le chemin.