Travaux – Georges Navel (paru pour la première fois en 1945) – Folio – 250 pages
Georges Navel vient au monde alors qu’une douzaine d’enfants peuplent déjà la maison familiale. Son grand frère a 25 ans, marié et des enfants. Il voit déjà sa mère comme une vieille femme. Son père travaille dans la métallurgie, au crassier. Nous sommes en Lorraine au début du 20° siècle.
Fermer le livre de Georges Navel, c’est comme quitter un ami avec qui on a passé un long moment à cheminer à travers la France, de cette Lorraine dévastée par la guerre de 14-18, Lyon et ses usines jusqu’à Paris et ces autres usines d’automobiles. Georges Navel commence sa vie d’ouvrier avec des outils d’ajusteur dans sa sacoche mais très vite la routine s’installe , le bruit des machines, les gestes répétitifs. Il s’enfuit souvent pour prendre l’air et vivre ces moments de liberté. Ses chefs ne lui en veulent pas trop et le reprennent à chaque fois qu’il revient.
« Je n’allais pas bien ».
A l’époque, la main d’œuvre n’était pas si abondante. Mais cette envie de liberté est trop forte et il abandonne ce métier et décide de devenir journalier mais plutôt dans le sud de la France. Terrassier, jardinier, cueilleur, vendangeur, il fait tous les métiers qui se trouvent au hasard des saisons et des chemins.
Il dénonce rapidement les conditions de travail et la concurrence sévère entre les français et les transalpins qui s’offrent avec des taux horaires au plus bas. Bien obligé de gagner sa vie, il se plie aux déjà rudes lois du capitalisme.
Ses descriptions de paysages qui nous rappellent Giono, ses réflexions sur la société aussi justes qu’acerbes font de ce livre un grand moment de lecture où nos pensées vont bien sur à cette condition ouvrière de l’époque mais aussi à celle que nous propose aujourd’hui un libéralisme aveuglé par les gains et en déni complet de la condition humaine. Rien n’a vraiment changé même si on pourrait croire au contraire.
« Il y a une tristesse ouvrière dont on ne guérit que par la participation politique. Moralement, j'étais d'accord avec ma classe ».
Merci à la bibliothécaire d'Arles de m'avoir conseillé ce livre. Un vrai cadeau
